Alexis Robert nous trace les grandes lignes du projet Aarmadillo dont il est à l’origine. En prélude au lancement du clip The Portraitist le 2 décembre au Divan Orange (avec primeur sur les Méconnus!). Go!

Nicolas : En premier lieu, qu’est-ce qu’Aarmadillo? Et quel rapprochement peut-on établir entre sa musique et le petit mammifère à carapace?

Alexis : Aarmadillo, c’est d’abord moi et mon besoin de canaliser des émotions, que ce soit en peinture, en écriture, en vidéo… En ce moment, c’est en musique. C’est aussi un groupe, parce que l’aventure se poursuit en collaboration avec d’autres musiciens. Sans l’appui d’autres gens et leur impulsion, je reste dans mon sous-sol et rien ne se passe. La coopération est très importante. Particulièrement avec Joseph Donovan, le coproducteur et coréalisateur des albums, au studio Mountain City. Bref, c’est en train de changer, on refait tous les arrangements des chansons des deux mini-albums pour la scène. Avec de nouvelles personnes, de nouvelles avenues s’offrent au projet. On fait une refonte sur la base de leur implication.

Nicolas : Les versions qu’on retrouve sur Bandcamp sont-elles toujours les originales?

Alexis : Oui, on n’a pas encore enregistré les nouveaux arrangements, conçus de toute façon pour le mode « en direct ». Il n’est pas exclu que je refasse les albums, sans toutefois renier ce qui a été fait. Ce qui est sûr, c’est que le troisième album sera à l’image du groupe de musiciens avec lequel je travaille en ce moment.

Nicolas : Par troisième album, parles-tu du troisième volet d’un triptyque amorcé avec les deux premiers EP? Par ailleurs, sur le premier, on voit une photo de ta copine. Sur le deuxième, c’est toi à un plus jeune âge avec ta sœur. Est-ce qu’on a affaire à un hommage aux femmes de ta vie?

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Alexis : Je n’ai pas forcément envie de donner ces pistes-là. Je donne simplement des indices… Pour répondre à ta première question, la trilogie s’est imposée d’elle-même. Au départ, je suis entré en studio avec l’intention de faire un démo. Et puis de fil en aiguille, on a fait un petit album de six chansons. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé qu’une thématique générale s’en dégageait. Et il y quelque chose dans le chiffre 3. Pour la création, je fonctionne en quelque sorte en m’imposant des contraintes. Sinon, il y a trop de possibilités et trop de décisions à prendre. Le thème impose des difficultés, mais aussi une façon de s’en sortir. C’est malgré tout une œuvre d’art ouverte en ce sens qu’elle est soumise à l’interprétation des autres. Les auditeurs vont se reconnaître ou non. Ils vont voir ce qu’ils veulent y voir.

Nicolas : Outre la thématique, t’es-tu imposé d’autres contraintes?

Alexis : Le premier volet traite de la relation avec ma femme. Je devais le sortir le jour de son anniversaire. Le deuxième, sur ma sœur, est sorti le jour d’anniversaire de cette dernière. Ça fait partie des bâtons que je me mets dans les roues. Sinon, je serais peut-être encore à travailler au mixage. L’échéance me donne un cadre et une structure. Je ne suis pas une personne naturellement disciplinée (rires).

Nicolas : T’es-tu donné un temps de réflexion entre les deux EP où ont-ils plutôt été réalisés d’un même souffle?

Alexis : Il n’y a pas eu de cassure proprement dite. Certaines chansons du deuxième EP ont été en partie composées il y a 10 ans. D’autres pendant la séance d’enregistrement. Même chose pour le premier album. Le tout s’est matérialisé au moment voulu.

Nicolas : Et comment abordes-tu le studio?

Alexis : Un peu au hasard pour le premier album. J’ai découvert quelqu’un de fantastique en la personne de Joseph Donovan. Il m’a épaulé et montré comment tout cela fonctionnait. Je suis arrivé avec mes chansons incomplètes et ma guitare, et on a fignolé tous les arrangements et effectué toutes les retouches ensemble. Il a joué un important rôle de catalyseur. Ensuite, j’ai fait appel au contrebassiste Stéphane Diamantakiou. Sur le deuxième album, je lui ai demandé de jouer sur tous les morceaux. L’apport des musiciens est devenu de plus en plus important au cours du processus. Je pouvais aussi compter sur Jakub Zapotoczny, un excellent claviériste. Tout ça pour réitérer que le troisième album sera vraiment un album de band, moins intimiste, où les collaborations vont enrichir la composition. Sans bricolages et pertes de temps en studio, ce qui coûte extrêmement cher.

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Nicolas : Ce qui est frappant à l’écoute de ton premier EP, c’est ton son de guitare. On dirait que tu joues sur de vieux instruments qui ne résonnent presque plus. Qu’est-ce qui te séduit dans ces timbres-là?

Alexis : Je suis un passionné d’instruments vintages. Ce sont des œuvres d’art qui servent à fabriquer d’autres œuvres d’art. Peu d’outils ont ces propriétés-là. J’aime leurs défauts et encore une fois les bâtons qu’ils me mettent dans les roues. Quand je prends une vieille guitare, je joue avec ses failles et respecte sa personnalité. Beaucoup de musiciens aiment les vieux instruments pour cette raison-là. Ils recherchent tout comme moi une richesse, une histoire, et même une dissonance, beaucoup plus importante que la note parfaite. J’essaye par contre de ne pas tomber dans le piège du lo-fi, un peu trop en vogue en ce moment. Seulement des sons qui donnent un sens à ma musique.

Nicolas : Cherches-tu à établir un lien fort avec l’instrument, avec pour but d’engager un dialogue avec lui, de pondre des textes qui correspondent à son propre vécu?

Alexis : Je suis ce qu’on appelle singer/songwritter, même si j’essaie de me dégager de l’appellation pour ne pas tomber dans les étiquettes. Mais quand je compose, c’est toujours avec ma guitare. Je n’ai pas une grande connaissance de la théorie musicale et bien souvent les mélodies émanent du son en soi. Parfois, c’est carrément l’acquisition d’un nouvel instrument qui m’amène à trouver de nouvelles façons de jouer et à me lancer dans d’autres types de compositions. Il y a vraiment une relation étroite entre le chant, l’instrument et la composition. Une sorte de combat qui repousse mes limites et me fait avancer sur le fil du rasoir.

Nicolas : Parle-moi un peu de ton rapport à la langue? Tu chantes aussi bien en anglais qu’en français. Est-ce que certaines compositions appelaient une langue alors que d’autres exigeaient l’autre?

Alexis : Non, je ne pense pas. Par contre, c’est impossible pour moi de traduire un texte d’une langue à l’autre. Les deux langues nous permettent d’explorer et d’exploiter deux univers poétiques forcément différents. L’important demeure pour moi d’assumer et d’affirmer une identité bilingue. Certaines personnes pensent que c’est suicidaire sur le plan commercial. Je ne suis pas de cet avis. De toute façon, le suicide commercial, c’est carrément d’essayer de vivre de sa musique (rires).

Propos recueillis par Nicolas Roy et Anise Lamontagne