Mieux vaut tard que jamais, c’est ce que je me suis dit en écrivant cette critique. En effet, bien que le roman graphique de Stéphane Lafleur et de Katty Maurey soit en librairie depuis près de trois mois, il se trouve que peu de choses ont été écrites sur cette publication qui, ma foi, est tout simplement magnifique. Il faut dire que j’étais déjà conquise d’avance; le travail de Stéphane Lafleur me touchant tout particulièrement.

Le roman commence avec une dédicace à personnaliser : « Dédié à _______________ de la part de ___________________ Je te souhaite de ____________________ d’ici ___________________.» Les cartes sont mises sur table, Mon ami Bao explore un sujet sensible, douloureux dans une optique d’apaisement. Mon ami Bao, c’est l’histoire de Bao, l’homme le plus grand du monde et de Gisèle, « Gisèle a du gros bouillon de brouillard dans la tête. Un nuage opaque qui s’acharne et qui la suit partout ».

La dépression de Gisèle, Stéphane Lafleur la décrit de manière profondément juste. La douleur que ronge Gisèle, elle s’imprime partout, elle dépasse le personnage principal qui cherche les mots et qui espère « lui calmer les fins fonds. Apprivoiser la pieuvre ». Le narrateur raconte l’histoire de ces deux êtres singuliers qui n’arrivent pas tout à fait à être en osmose avec le monde dans lequel ils évoluent. À cela s’ajoute le sentiment d’impuissance du narrateur devant la dépression de son amie. C’est là, je trouve, la force du roman, mettre des mots sur la douleur de l’Autre et sur la nôtre tout en laissant passer beaucoup de lumière.

Avec Mon ami Bao, le lecteur retrouve  les univers présents dans les paroles d’Avec pas d’casque. Stéphane Lafleur conserve son ton poétique, avec un langage simple et imagé. Stéphane Lafleur parle de solitude et de tristesse en évitant le pathos, comme toujours, il crée des univers aux lisières du quotidien, du banal et de l’intemporel. Se faisant, les illustrations de Katty Marey se marient avec l’atmosphère. La métaphore y est doublée par les dessins de l’artiste. Elle explore les gris, les zones d’ombre et se colle aux mots de Stéphane Lafleur. Cette brillante collaboration mérite donc qu’on s’y attarde.

À offrir à soi et à l’autre, car on a tous besoin de Bao à quelques moments de sa vie.

— Sylvie-Anne Boutin

Mon ami Bao, Stéphane Lafleur, Katty Maurey, La Pastèque, Montréal, 2013.