La Peuplade étonne encore ce printemps avec la publication du premier roman de Dominique Scali, À la recherche de New Babylon, un roman western où se côtoient des personnages vibrants dans les tavernes de différentes villes minières, les déserts arides et les plaines de toundra.

Un Révérend est découvert, les mains coupées, près d’une route et recueilli chez une famille qui l’hébergera pendant quelques temps. Taciturne, peu loquace, le Révérend Aaron ne peut plus rien faire sans aide et l’idée de prêcher ne semble pas lui redonner goût à la vie. Impossible de savoir non plus ce qui lui a mérité un si cruel traitement. C’est sur cette prémisse que débute À la recherche de New Babylon, un début mystérieux pour un roman qui ne fera que surprendre et charmer. On y raconte les dix pendaisons de Charles Teasdale, dont les neuf auxquelles il a su échappé et celle qu’il s’est lui-même affligé. Teasdale, malgré sa fâcheuse manie de mettre le feu aux villages plus souvent qu’à son tour, est sans contredit le personnage masculin le plus attachant du roman. Jeune homme ayant eu la vie dure, il porte son colt autour du cou, comme un prêcheur y porterait sa croix, et refuse de payer quiconque pour se loger. Il fera d’ailleurs la rencontre de Pearl Guthrie, qui veut à tout prix quitter vers l’Ouest. Coûte que coûte, elle désire aller où se trouve les hommes. Elle tente le tout pour le tout en avisant prières et marchandage avec Dieu. C’est là que Russian Bill fait son apparition. Parce qu’il se vantait d’avoir « tué une centaine de personnes […] Pas un le croyait. Personne ne lui tirait dessus non plus. » C’est donc dire que Pearl a finalement trouvé son homme.

C’est le ton parfois comique et parfois triste qu’utilise Scali tout au long du roman qui en fait une lecture envoûtante. Le rêve américain y est dépeint comme un lointain bonheur, quelque chose à quoi on aspire, qui existe quelque part, mais que personne n’a jamais vraiment vécu ni connu. Tous les personnages sont à la recherche de quelque chose, la plupart ne savent même pas quoi, mais le désert, le whisky, les femmes, les livres, les mensonges semblent faire écho à cette quête sans but, en dépit peut-être d’un avenir meilleur qu’ils ne croient pas pouvoir s’offrir. Bravo à Scali pour ce premier roman fort qui vient secouer le paysage littéraire en nous apportant chaleur… et un petit effluve de whisky.

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Extrait:

« Il n’était pas encore deux heures du matin. La moitié des tables étaient entassées dans le fond de la salle. Le reste du sol était recouvert de paillasses avec des filles endormies, certaines à moitié nues. Une lève-tôt jouait en solitaire avec un paquet de cartes. Pearl était assise près de la fenêtre, dos au Révérend. Il l’avait déjà rencontrée à Topeka, quatre ans plus tôt, mais il ne la reconnût pas tout de suite. Elle avait une épaule découverte, portant sa chemise à la mexicaine. Une tresse recouvrait sa nuque. Le dos droit, la posture d’une enfant bien élevée. Pas de fleur derrière l’oreille. Rien de superflu, excepté une pile vertigineuse de livres devant elle. Nul besoin d’être prêtre pour constater qu’elle voulait être ailleurs, dans le dehors ensoleillé qui lui éclairait le côté du visage et révélait ses yeux bouffis. »

Elizabeth Lord

À la recherche de New Babylon, Dominique Scali, La Peuplade, 2015.