Crédit photo: Pierre Dury

Une autre édition du Festival International de la Littérature s’est close, dimanche dernier. Cet événement littéraire qui s’est donné comme mandat de fêter les mots l’a fait généreusement en présentant À la croisée des silences. Car il n’existe pas d’autre mot que célébration pour décrire l’expérience vécue dans la Cinquième Salle de la Place des Arts.

On répugne à parler de perfection en critique parce que cela n’existe tout simplement pas. On se retrouve alors démuni devant une création qui laisse dans son sillage que ce mot par ce qu’elle suscite en émotions. On court après mille synonymes ou substituts, avec la peur de ne pas savoir comment assumer ce qualificatif. Pourtant, il était parfait ce moment de partage et d’appropriation. Ce moment où on pouvait prendre pleinement conscience de la proximité avec les mots. Les mots des autres, des vivants et des morts.

À la croisée des silences est terriblement lumineux et sombre. Jouissif et mélancolique. Ce spectacle poético-musical tire les larmes à l’œil plutôt deux fois qu’une – surtout lorsque le chœur s’est levé–. À l’automne dernier, Chloé Sainte-Marie publiait un livre-disque où étaient recueillis les mots de poètes québécois. Cinquante-sept textes, dont 17, sont chantés. Pendant deux soirs, l’interprète a transmis cette poésie, accompagnée de ses compositeurs, Réjean Bouchard et Gilles Tessier. La mise en musique a été assurée par Sylvie Paquette et Yves Desrosiers et on salue bien bas ce travail, osé et réussi.

Ce sont plusieurs générations de poètes avec lesquelles on retombe en amour. Chloé Sainte-Marie a une présence magnétisante sur scène: elle relève le défi d’être un passeur des mots dans une scénographie signée Philippe Cyr, dont on reconnaît la touche léchée. Tout était simple et beau. Sous des arbres enneigés suspendus à l’envers, l’incandescence de Chloé se déployait, avec l’ombre des fantômes.

Donc, oui, célébrer la poésie comme si plus rien n’existait. Il me tarde que Chloé Sainte-Marie s’investisse dans un autre projet de poésie chantée, car elle m’a déjà conquise. Le recueil vaut également la peine même si l’émotion n’est pas la même qu’en « vrai ».

– Rose Carine H.

À la croisée des silences, dans le cadre du FIL

Présenté le 2 et 3 octobre à la Cinquième Salle de la Place des Arts