C’est l’histoire du couple en déclin de Simone (Violette Chauveau) et Jean (Jean-François Casabonne) qui partent en vacances en Irlande. Leur amour est usé par le temps et les jalousies de Simone. En marchant sur seul sur la côte, Jean découvre le cadavre de Mary (Evelyne de la Chenelière), une jeune femme morte noyée. Tout le monde en parle au village. Cet événement fait basculer le voyage; Simone jalouse cette morte qui prend de plus en plus de place dans leur intimité. Ils tentent de reconstituer l’histoire de Mary, tout en se questionnant sur leur vie de couple, leur rapport à l’amour, au temps et à eux-mêmes.

Ici, fantasme et fantôme, poésie et paysage se mêlent au dernier souffle, celui de la vie qui lutte pour dire. La parole est au centre de la pièce, elle résonne, elle se désagrège, elle se bat, elle noie les corps affaiblis. La douleur et la jalousie altèrent l’amour, mais ne l’effacent pas. Le couple cherche à se donner un second souffle au début de la pièce et la fin nous offre leur dernier, le plus sincère, le plus tragique, le plus violent.

La pièce écrite par Evelyne de la Chenelière est inspirée par Une vie pour deux de Marie Cardinal, roman tiré d’un fait vécu par l’auteure et son mari Jean-Pierre Ronfard dans les années 1970. La mise en scène assurée par la fille du couple, Alice Ronfard, insuffle à la création d’Evelyne de la Chenelière une puissance intime fort palpable, une filiation qui transperce le texte.

Durant ces 75 minutes, c’est le personnage de Simone qui se noie, emportée par ses maux de femme, prisonnière de son corps, de ses obsessions, ses aspirations, ses convictions et surtout de ses désillusions. Elle se bat contre son aliénation, en vain. C’est bien la voix de Marie Cardinal qui s’entend et qui se ressent ici : féminine, féministe, libre et libérée. Violette Chauveau livre une performance troublante, poignante. Une vie pour deux [La chair et autres fragments de l’amour aurait pu être assuré par la simple présence du personnage de Simone tant cette dernière collige toute la passion, la violence et la détresse que met en branle la parole amoureuse qui se meurt malgré elle. Le Prix d’interprétation féminine de l’année 2012 – Montréal remis à Violette Chauveau pour cette pièce est complètement justifié.

– Sylvie-Anne Boutin

Présentée en reprise à l’Espace GO du 22 octobre au 2 novembre 2013, d’Une vie pour deux [La chair et autres fragments de l’amour] est à voir.