Changer le monde. Voilà une de ces formules sur-utilisées qui fait sourire d’incrédulité les plus cyniques d’entre nous. On pourrait croire qu’une série documentaire qui porte le titre de 30 secondes pour changer le monde donne la parole aux hippies, écologistes et autres anticapitalistes qui travaillent chaque jour à faire progresser la société, mais il n’en est rien. C’est plutôt vers les boîtes de communication, les experts en marketing et les spécialistes de l’image que l’on se tourne pour nous expliquer de quelle manière les grands enjeux de notre époque ont été traités dans la publicité sociétale.

Pour des experts en marketing, j’imagine que de recevoir un mandat comme celui de faire comprendre à une population entière qu’alcool et volant ne font pas bon ménage ou que de texter en conduisant est potentiellement fatal représente un énorme défi. Oui, c’est vrai. Mais un défi ô combien stimulant, car il ne s’agit pas de vendre un produit quelconque au profit d’une société au coffre déjà bien rempli; il s’agit de faire avancer une cause. De changer le monde un peu, oui. En effet.

À compter du lundi 9 septembre à 21 h sur les ondes de Télé-Québec, les téléspectateurs sont invités à découvrir 12 grands enjeux (le sida, la sécurité routière, la violence conjugale, le cancer du sein, le tabac, l’alcool, l’environnement, la pauvreté, la problématique du poids, le jeu et le suicide) à travers les campagnes de publicité qui les ont accompagnés au fil des ans, ici comme ailleurs. Le premier épisode, celui que l’on nous a présenté en visionnement de presse, porte sur la sécurité routière. Entre les images parfois très dures tirées de différentes publicités, on se questionne sur le culte de la voiture, la bagnole comme lieu de toutes les libertés. Lorsqu’on se place derrière le volant, on se sent bien souvent invincible et l’on souffre du syndrome de la troisième personne. Les accidents, ça n’arrive qu’aux autres, croit-on souvent à tort.

Pendant 60 minutes, on suit l’évolution des lois reliées à la sécurité routière au Québec, du port obligatoire de la ceinture à l’interdiction de conduire en état d’ébriété, en passant par l’interdiction d’utiliser un téléphone cellulaire. On s’amuse en revoyant des publicités qui nous ont marqués, comme celle issue de la campagne « L’alcool au volant, c’est criminel » avec Rémi Girard et Angèle Coutu. On est pris de frissons en revoyant les images de cet accident mortel sur lesquelles on a construit la campagne « De héros à zéro », une campagne qui fut particulièrement efficace, nous explique-t-on.

Justement, comment juge-t-on de l’efficacité de ces publicités sociétales? Ces campagnes peuvent-elle vraiment parvenir à modifier nos comportements? Pour plusieurs experts, la publicité seule n’y arrive pas, elle doit être jumelée à des lois sévères, en ce qui concerne la sécurité routière, du moins. Ce qui apparaît clair, toutefois, c’est que pour être efficace, la publicité doit inscrire dans la tête des gens des images, des événements qu’ils ne voudraient pas vivre. On touche aux émotions, on inspire la peine, la peur, la douleur. Si vous en avez assez de voir des accidents routiers plutôt réalistes entre deux segments de vos émissions préférées, vous n’êtes pas au bout de vos peines… c’est ce qui fonctionne le plus. Dites-vous seulement qu’ailleurs dans le monde, en Australie et en Grande-Bretagne, notamment, le résultat est parfois encore plus violent. Là-bas, on dispose de bien plus de 30 secondes pour convaincre, ce qui donne des clips chocs comme celui-ci que l’on a vu circuler sur les réseaux sociaux en 2009.

30 secondes pour changer le monde, c’est donc plus qu’un « show de pubs », nous expliquait la réalisatrice Sophie Lambert (Art sous enquête, Toute une famille) lors du visionnement. Pour elle, au-delà des publicités qu’elle diffuse, la série traite d’enjeux importants, si importants que le gouvernement a décidé d’investir de l’argent pour éduquer la population. J’abonde en son sens : il y a plus à cette série documentaire que la simple présence d’une grande quantité de publicités. Toutefois, ce ne sont pas tous les sujets qui sont aussi abondamment illustrés. Le suicide, par exemple, de l’aveu même de Sophie Lambert, a été plus difficile à mettre en images. Il risque donc fort d’y avoir certaines irrégularités entre les épisodes. N’empêche, je serai curieuse de voir les prochains épisodes, dont voici quelques extraits.

À noter également : chacun des épisodes sera accompagné d’abondants contenus web. On invite aussi les téléspectateurs à visionner des débats exclusifs en ligne juste après la diffusion des émissions qui visent à faire le point ou des mises à jour sur chacune des thématiques. On visite le telequebec.tv.

Et parce que votre sécurité routière me tient à cœur et que je veux surtout pas que vous ayez l’air « coucoune en soufflant dans balloune », je laisse le mot de la fin à Cayouche.

– Joakim Lemieux

30 secondes pour changer le monde

Dès le 9 septembre à 21 h à Télé-Québec

Twitter – @30secondesTQ

Facebook – @30secondespourchangerlemonde

Information de production

Idéateur et producteur au contenu : Arnaud Granata

Réalisatrice : Sophie Lambert

Producteur : Bruno Gautier

Producteur délégué : Xavier Morelle

Production : Infopresse Télé