Crédit photo: Yves Renaud 

Alors que plusieurs institutions culturelles québécoises voient leur popularité monter en flèche, l’Opéra de Montréal n’est pas en reste. Mis au point pour la saison 2015-2016, le concept publicitaire accrocheur, Passez à l’acte, de l’agence Brad y est certainement pour quelque chose. Les annonces télévisuelles attirent assurément l’attention des spectateurs et titillent leur curiosité en faisant le lien entre des situations de la vie courante et le sujet de l’opéra à l’affiche. C’est ainsi que l’Opéra de Montréal entend démocratiser cet art perçu comme élitiste :  venez entendre les récits que l’on vous propose, vous serez séduit.

À l’évidence, le public était sous le charme samedi dernier lors de la première de l’opéra Dialogues des carmélites présenté à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. En représentation les 31 janvier, 2 et 4 février, cet opéra mis en scène par Serge Denoncourt est basé sur une histoire vraie, celle de 16 carmélites de Compiègne guillotinées le 17 juillet 1794 lors de la Révolution française. Inspiré d’une nouvelle écrite en 1931 par Gertrude von Le Fort et du scénario de Georges Bernanos écrit en 1947, le compositeur français Francis Poulenc transpose cette histoire en drame lyrique en 1957. Après la mort de son père en 1935, ce dernier effectue un retour au catholicisme, ce qui explique certainement son inclination pour ce texte.

Seul personnage fictif de cette histoire, Blanche de la Force, interprété par Marianne Fiset, tient le premier rôle. Son nom, éponyme de celui de son auteure, Gertrude von Le Fort, évoque le courage qu’il faut pour faire face aux difficultés de la vie. Très émotive et anxieuse, Blanche trouve refuge au couvent du Carmel afin d’y trouver le calme intérieur, et de vouer sa vie à Dieu. À son arrivée, elle est accueillie par Madame de Croissy. Personnage magnifiquement incarné par Mia Lennox, la prieure se meurt. Affligée de souffrances, elle sait sa fin proche. Angoissée devant la mort, elle s’éteint agonisante. Blanche est alors émue et saisie d’effroi.

Un acte de foi

Au même moment, la rébellion fait rage à l’extérieur. Par conséquent, un climat d’instabilité et de terreur s’installe au couvent. Puisque le pouvoir ecclésiastique est menacé par les insurgés, les Sœurs, se sachant condamnées par les révolutionnaires, décident lors d’un vote secret de se faire martyres. Prise de peur, Blanche s’enfuit. Avant qu’elles ne puissent passer à l’acte, les carmélites sont accusées de rassemblement et de conspiration contre le gouvernement. Mère Marie, jouée par Aidan Ferguson, retrouve Blanche et tente de la convaincre de rejoindre les autres religieuses afin d’être sauvée de la damnation. De prime abord, Blanche s’oppose, puis se résigne à accepter son destin.

Crédit photo: Yves Renaud

C’est donc dans un contexte empli d’appréhension et d’épouvante que l’opéra se déroule. Néanmoins, Denoncourt réussit une mise en scène lumineuse et d’une grande élégance. Là se trouve le tour de force mené avec brio par celui-ci dans l’interprétation des différents tableaux. Ainsi, malgré un texte austère, la sublime musique orchestrée par Jean-François Rivest et les éléments de décor minimalistes participent à refléter les émotions vécues et à créer une atmosphère intimiste. La scène, coiffée de rideaux blancs, exprime des dualités : l’extérieur et l’intérieur, l’invisible et le visible, la peur et la foi. La distribution, quant à elle, est convaincante. La soprano Marianne Fiset et la mezzo-soprano, Aidan Ferguson, bouleversent par leur voix précise et puissante.

D’un grand lyrisme, la scène finale est pure beauté, et ce, en dépit du drame qui s’y déroule. En chantant en cœur le Salve Regina, les Sœurs sont exécutées une à une. Éclairées séparément par un faisceau blanc, leurs lumières s’éteignent à tour de rôle, lorsque le couperet tombe sur chacune d’elle, les laissant pour mortes.

La portée dramatique de cette œuvre et la poésie insufflée à la dernière scène sauront certainement conquérir le cœur du public.

Marie-Paule Primeau

Dialogues des carmélites, Opéra de Montréal, du 28 au 4 février 2017 à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts