Crédit photo: Gunther Gamper

Assommée. C’est dans cet état d’esprit que je suis sortie de la pièce La logique du pire, présentée jusqu’au 19 novembre au Théâtre La Chapelle après un beau succès au Festival TransAmériques en juin. C’est que la proposition d’Étienne Lepage, en collaboration avec le chorégraphe Frédérick Gravel, est à la fois ingénieuse, dérangeante, audacieuse, dégueulasse et merveilleuse. Faut le faire, n’est-ce pas?

Sur une scène épurée – habitée seulement par un divan, un bureau et quelques micros éparpillés – Philippe Boutin, Yannick Chapdelaine, Gabrielle Côté, Renaud Lacelle-Bourdon et Marilyn Perreault – se meuvent lentement mais sûrement. Avec aplomb, les comédiens se lancent dans des scènes remplies d’absurdité, sans lien apparent entre elles. Si ce n’est le fait d’ébranler des convictions qui semblent tellement ancrées dans la société qu’on ne se donne même plus la peine de les remettre en question. De regarder le pire bien en face.

Entre une drôle d’interview avec un homme qui ne voit sincèrement pas l’intérêt de faire de l’introspection à celui qui défie un médecin sur l’idée de la mort, entre une femme qui tue avec un sang-froid terrifiant et un homme qui fait un geste improbable en soirée avec des inconnus, entre celui qui va au bout de «sa sexualité» et celle qui pense que la cruauté est la chose la plus nécessaire du monde, La logique du pire, vous l’aurez compris, saute allègrement du coq à l’âne. Ou plutôt, d’extrême en extrême.

Comme un cri de révolte de trentenaires blasés, La logique du pire a des airs de manifeste touffu ou de cerveau embourbé par trop d’idées. À travers cet éclatement de sens, impossible de rester impassible face à cette divagation passionnante, mais malheureusement inégale malgré le talent des artistes. Parfois silencieux, parfois ouvertement dégoûté ou hilare, le public a suivi avec attention toutes les folies qui se passaient sur scène. Et n’a pas bronché face à la fin un brin facile. Ferez-vous de même?

Mélissa Pelletier

La logique du pire au Théâtre La Chapelle jusqu’au 20 novembre 2017.