Crédit photo : Stéphane Bourgeois

L’ignorance, c’est la force? Winston Smith ne croit pas, non. Et cette pensée sera le début de la fin, ou d’un commencement, c’est selon. Retour sur 1984, l’adaptation théâtrale du roman culte de George Orwell présentée jusqu’au 16 décembre au Théâtre Denise-Pelletier.

Employé au ministère de la Vérité, Winston (excellent Maxim Gaudette) commence à s’interroger sur ce qu’il efface dans les archives de l’Histoire. Sur Big Brother. Sur la vérité. Sur tout, en fait. Confronté à un flou permanent à travers une société stricte et rude qui ne lui convient visiblement pas, l’homme se met à tenir un journal. Pour mieux comprendre et essayer, peut-être, de trouver ne serait-ce qu’une once de vérité dans le monde qui l’entoure. La rencontre avec Julia (inégale Claudiane Ruelland) sera déterminante. Un soulèvement sera rêvé et organisé. Pour leur plus grand malheur.

Cet univers sombre et intense est merveilleusement bien rendu par le scénographe Patrice Charbonneau-Brunelle. À l’aide de projections et de jeux habiles de caméra, la pièce traduite par Guillaume Corbeil et adaptée par Robert Icke et Duncan Macmillan est définitivement magnifiée. La mise en scène d’Édith Patenaude, efficace, participe également au tout très réussi: l’expression «être assis au bout de son siège» prend ici tout son sens.

Quelques bémols toutefois: les fluctuations de registres de langue – les conversations de Winston, qui s’exprime dans un français très strandard et Julia, qui a un accent québécois prononcé, pouvaient faire froncer les sourcils – et les inégalités dans le jeu – Véronique Côté et Justin Laramée brillaient dans toutes leurs apparitions, alors que c’était plus difficile pour certains acteurs de tirer leur épingle du jeu. Dommage.

Le verdict? 1984 est à voir sans hésiter. Soyez toutefois avertis : cette pièce pourrait vous donner l’impression de regarder le cauchemar que certains imaginent déjà pour nos voisins depuis qu’ils ont élu Donald Trump. Heureusement, pour nous, c’est le rappel que la liberté et la diversité n’ont pas de prix.

Mélissa Pelletier

1984, au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 16 décembre 2016. Pour toutes informations, c’est ici.