Crédit photo : Guillaume Sauriol-Lacoste

C’est sous le thème de la séduction que la Petite Licorne ouvre sa saison avec la pièce « Les inconnus », un texte de Julie-Anne Ranger-Beauregard. Présentée dans le cadre du Festival du Jamais lu en 2014, la pièce en est à sa première mise en scène et c’est nul autre que Frédéric Blanchette qui assurera ce rôle.

Présentée du 5 au 30 septembre, la pièce réunit sur scène Marie Bernier et Alexandre Fortin. Ils y incarnent deux inconnus, Macha et Alexis dont la rencontre plus ou moins hasardeuse s’amorce dans un bar. Un portefeuille perdu devient prétexte à une  rencontre et s’enclenche alors un jeu de séduction et de non-dits. Ce qui ne devait être qu’une banale histoire d’un soir donnera suite à des aveux pour le moins déstabilisants.

Julie-Anne Ranger-Beauregard dresse ici le portrait de deux individus se désirant ardemment. Rêvant de s’abandonner l’un à l’autre, de se révéler tels qu’ils sont, mais enlisés dans les codes de la séduction. Dans un dialogue actif, ils affirment un lot de contradictions, se repoussent dans l’espoir d’être relancés, charmés, désirés. Macha énonce le contraire de ses envies pour attiser la curiosité d’Alexis, qui maîtrise tout autant le sens de la répartie. Chacun adopte une attitude désinvolte, puis ils s’évanouissent dans la nuit ombrageuse où l’orage menace à tout moment d’éclater. La langue est également poétique, laissant place à des monologues francs et sincères sur leurs aspirations et leurs perceptions. Lui baignant dans le commun, elle dans sa solitude, mais tous deux se trouvant l’un dans l’autre.

Une scénographie puissante

La scénographie élaborée par Elen Wing donne tout son sens à cette pièce. Le plancher est couvert de confettis. Des bouteilles jonchent le sol. À travers le brouillard, le spectateur distingue difficilement les deux côtés de la salle. Pour ma part, je n’en considère qu’un seul, puisque l’un semble le reflet de l’autre. Et ce jeu de trompe-l’œil prend toute sa signification à travers la pièce. Un panneau de plexiglas sépare les deux protagonistes érigeant un mur entre ce qu’ils sont, ce qu’ils veulent et ce qu’ils choisissent de montrer. Ils vivent même leur premier baiser à travers le plexiglas. Des faisceaux lumineux traversent leurs corps, donnant l’impression que leurs silhouettes s’imbriquent l’une dans l’autre.

Le texte traduit admirablement bien le désir lancinant entre les personnages. Les effets techniques rendent également leur sensualité survoltée. Le tonnerre qui gronde, les néons mauves qui vacillent… on imagine le parc où ils se consument, l’air chargé d’humidité, la fraîcheur de la nuit qui s’ensuit… et pourtant, les acteurs ne sortent aucunement de leur enclos, déclamant le texte à une distance d’au moins cinq mètres. C’est simplement prodigieux qu’un texte aussi étoffé capte et maintienne l’attention du spectateur, subjugué par cette relation tumultueuse aux multiples revirements. Un dénouement pour le moins surprenant. Des personnages attachants dont les facettes ne cessent de surprendre. Si le texte est publié, pour ma part, j’achète sans hésiter.

À voir!

Edith Malo

Les inconnus,  une production Le Crachoir en codiffusion avec La Manufacture, est présentée à La Licorne du 5 au 30 septembre.

Pour plus de détails, c’est ici.