Après vingt ans, la réputation du festival Fantasia n’est plus à faire dans le domaine des films asiatiques, fantastiques, d’horreur ou de science-fiction. Depuis plusieurs années toutefois, le festival présente également un volet expérimental dont on parle beaucoup moins, ce qui n’est pas exactement rare d’ailleurs pour ce type de cinéma. N’empêche que cette portion du festival nous fournit une occasion de voir des œuvres originales et éclatées que nous n’aurions probablement jamais eu la chance de regarder autrement.

Voici un aperçu des moments les plus surprenants ou incompréhensibles que l’édition de cette année nous a offert.

The Show of Shows

Il y a certaines associations qui ne semblent possibles que dans la cervelle détraquée d’un esprit sérieusement tordu. L’alliage entre la musique de Sigur Rós et de vieux numéros de cirque n’est certainement pas un mariage qui aurait pu sembler naturel à la majorité d’entre nous. Pourtant, c’est bel et bien George Holm et Orri Páll Dýrason de la légendaire formation islandaise qui, avec deux autres amis, ont composé l’excellente trame sonore de ce documentaire sans narration.

Lorsque les danseuses ou les acrobates s’exécutent, la musique se fait plus dansante, ce qui donne l’impression de regarder un vidéoclip presque conventionnel. La musique colle toutefois beaucoup plus à l’atmosphère lorsque les images deviennent plus inquiétantes, comme cette scène où une lanceuse de couteaux utilise un très jeune enfant comme cobaye ou encore celle où on fait boxer un jeune garçon contre un kangourou.

Celluloid Experiment

Le court métrage est un médium se prêtant très bien à l’expérimentation. La sélection de courts métrages psychédéliques que nous présente le festival chaque année nous a encore une fois offert une bonne dose de « quessé ça » et de « ouates de phoque », comme cette scène d’un homme en train de brûler vif dans un costume de lapin, alors qu’une femme nue est étendue dans une valise d’auto remplie de carottes.

Bien que certains des courts métrages présentés soient un peu moins déconcertants et qu’ils centrent davantage leur démarche sur l’aspect technique ou visuel – comme le magnifique Hyperlapse Montreal de Paul Labranche, un hommage à la métropole tourné à la manière d’un plan séquence en accéléré – il s’agit tout de même d’un collage qu’on peut apprécier davantage en abandonnant toute recherche de logique et de sens.

On the Silver Globe

Quatre astronautes s’écrasent sur une planète inconnue semblable à la Terre, ne serait-ce que par ses mers, sa végétation et ses animaux. Martha, la femme du groupe, est enceinte de Thomas qui meurt peu après leur arrivée. Ne voulant pas que Thomas II se retrouve seul sur cette planète, Martha commence à se peindre le visage et à faire des enfants à profusion. Ceux-ci commenceront également à se reproduire entre eux, jusqu’à ce qu’ils forment une joyeuse colonie de consanguins tous plus instables et incohérents les uns que les autres. Ces « humains extraterrestres » devront bientôt se battre pour se libérer de l’oppression des autres créatures indigènes de cette planète.

Le tournage de cette tragédie spatiale en trois actes a été interrompu en 1977 par le gouvernement communiste. Plus d’une décennie plus tard, le réalisateur, Andrzej Żuławski, a finalement pu terminer son film, mais sans refaire les scènes qui avaient jadis été détruites. Il se contentera de les narrer en nous montrant, par exemple, des images de gens qui prennent le métro.

À la recherche de l’Ultra-Sex

Ce collage de scènes parmi les plus incroyables et inusitées de l’histoire du cinéma érotique a été concocté dans le but d’en faire un film de science-fiction. Voilà une phrase que je n’écrirais pas deux fois dans ma vie.

La Terre est aux prises avec une terrible épidémie de concupiscence incontrôlée. Le général Zizi mandate donc l’équipage à têtes de gland du vaisseau Prépuce 5 pour patrouiller la galaxie du trou de balle afin de trouver le robot Daft Punk qui a volé l’Ultra-Sex, l’arme puissante responsable de cette tragédie. Pour couronner le tout, mentionnons que toutes les voix et effets sonores sont effectuées verbalement par les deux réalisateurs-scénaristes. Les batailles intergalactiques se font donc au son des « ping », « piou piou » et autres onomatopées plus ou moins convaincantes.

Atmo HorroX

Ce film d’horreur psychédélique de série B / satire expérimentale du réalisateur underground québécois Pat Tremblay est indubitablement l’une des plus curieuses expériences auxquelles le public de Fantasia a eu droit cette année.

Une créature bizarroïde et peut-être extraterrestre, avec des ballons dans l’entre-jambe, traque ses proies qu’elle fait disparaître en leur mettant la tête entre les deux souliers à talons hauts qu’elle transporte. Elle semble recevoir l’aide d’un autre drôle d’oiseau, ayant toutes sortes de télécommandes collées à son costume de nylon.

Il y a aussi d’autres entités dont les motifs sont plutôt flous, dont une particulièrement laide et inefficace qui se fait continuellement massacrer par sa victime. Le tout se déroule sans dialogue ou narration, mais avec beaucoup de bruits cacophoniques et inintelligibles pour nous, simples mortels.

Guillaume Francoeur

Fantasia, du 14 juillet au 3 août 2016. Pour plus d’informations, c’est ici.