Trois jeunes adultes coincés dans un environnement précaire se sont résignés au cambriolage de maisons de banlieue dans le but de se faire un petit plan de retraite rapide et d’offrir une meilleure vie à leurs familles. Le logis d’un vieux militaire retraité et aveugle, qui dort probablement sur son énorme magot, semble être la cible idéale pour le vol ultime. C’est, en quelques mots, la prémisse de base de Don’t Breathe, qui se transforme très rapidement en un film d’invasion à domicile inversé.

Le cinéma ne manque pas de ces œuvres qui exploitent la maison comme lieu de terreur, cet abris dont l’usage renverse et qui se transforme en un instrument de la mort, un véritable cimetière où les cadavres s’empilent, comme en font foi The people under the stairs (1991), Psycho (1960), The Shining (1980), pour n’en nommer que les plus célèbres. La maison de Don’t Breathe s’immisce sans aucune difficulté dans ce panthéon des logis les plus terrifiants, de ceux qui ne se contentent pas d’être un simple décor, mais qui participent plutôt de pleine force à l’atmosphère, à la claustrophobie, et au désespoir de ses victimes et spectateurs.

Une maison en apparence tranquille, inoffensive, mais devenant par le regard de ses reclus un piège : c’est ce qu’arrive à rendre le réalisateur Fade Alvarez, qui, dès l’intrusion des trois jeunes, présente les différents étages et les pièces varies en un plan séquence. Le vieil aveugle, l’un des méchants les plus mémorables des dernières années, réussit à attirer au départ la pitié du spectateur, jusqu’à ce que son entraînement, son agilité et sa détermination dévoilent la redoutable machine à tuer qu’il se trouve être. L’ambiguïté morale de tous les personnages, les trois intrus autant que le grand-père impitoyable, est telle qu’il est difficile de savoir quel camp l’emportera.

Don’t breathe évite la plupart des clichés, et plutôt que de montrer la prévisible scène d’exposition lors de laquelle on apprend le passé obscur de tel ou tel personnage, la contextualisation se fait d’une manière fluide pendant le récit, sans interrompre la tension, qui se trouve ici être habilement construite, telle une machine bien huilée visant à épuiser le spectateur de trépidation. Fade Alvarez punit cruellement toute erreur de parcours, tout outil oublié, tout craquement de plancher, toute maladresse. Les survivants ne sont laissés qu’à improviser dans un milieu étranger et hostile dans cette course poursuite qui les laissera, eux et les spectateurs, à court de souffle.

Boris Nonveiller

Fantasia, du 14 juillet au 3 août 2016. Pour tous les détails, c’est ici.