Une famille bien rangée, selon la tradition japonaise. Tomiko et Shuzo, formant le couple à la tête du clan, déjà la soixante-dizaine passée, habitent chez leur fils aîné et leur belle-fille, comme c’est souvent le cas. Dès les premières minutes, la dynamique familiale est évidente. Shuzo, boute-en-train, alcoolique à ses heures et assez macho, traite sa bru et sa femme avec une certaine irrévérence. La demande de divorce ne surprendra peut-être pas l’Occidental moyen, mais pour une famille typique au Japon, c’est une véritable crise qui sera vécue par chaque membre de manière différente.

L’importance de la tradition au pays du Soleil-Levant est encore assez sentie pour que le divorce constitue un moteur efficace à la comédie familiale. Toutes les réactions divergent, et le film sera un bon théâtre pour les exposer au fur et à mesure que l’intrigue progresse. L’écriture étonne, par la vraisemblance des personnages, stéréotypés, mais naturels et esquissés rapidement, en quelques répliques bien placées. Shuzo, cœur de la famille, et principale « victime » de cette affaire, à la fois détestable dans ses illusions de grandeur et attachant dans ses réactions exagérées et sa candeur d’alcoolique, est l’arme de poing de cette farce.

Le réalisateur Yamada Yoji, démontre, du haut de ses quatre-vingt-cinq ans, qu’il maîtrise parfaitement l’art de la mise en scène et tout particulièrement celui de la comédie de situation. Les multiples objets glissants, roulants, ou gonflables, traînant çà et là dans le décor, ne demandent qu’à faire trébucher ceux qui leur tournent autour en criant leurs états d’âme. Les avant et arrière plans sont aussi utilisés à cet effet, de manière qu’il se passe toujours plusieurs choses à l’écran sans que l’attention ne soit déviée plus que nécessaire. Malgré l’encrage spécifique à la tradition nippone, What a wonderful family! réussit à demeurer universel dans ses thèmes et son humour.

Boris Nonveiller

Fantasia, du 14 juillet au 3 août. Pour toutes les informations, c’est ici.