Un cadavre est retrouvé au fin fond d’une maison dans une chambre secrète entièrement tapissée de sous noirs. Le mystère est entier sauf pour celle qui abritait ce corps : la maison de la famille Delorme, cette même maison qui est la narratrice du dernier roman de Martine Desjardins La chambre verte publié aux Éditions Alto. Qui de mieux placé que cette maison pour nous raconter cette saga familiale qui a pris place au milieu de ses entrailles?

La fascination pour l’argent de la famille Delorme est sans limites, c’est pourquoi leur maison a été bâtie pour ressembler à une banque selon les plans de Louis-Dollard, homme qui hérita de la richesse de son père Prosper, qui lui fit fortune en vendant sa terre à une compagnie de chemin de fer. Louis-Dollard continua de faire fructifier son héritage en achetant un immeuble dans lequel il loue des appartements à des gens fiables, et où il n’investit que très peu d’argent en entretien.

Nul ne pouvait savoir que la famille Delorme courait à sa perte lorsque Penny Sterling se présenta sur le pas de la porte pour louer un logis. Penny, enjôleuse, fit tomber Louis-Dollard sous son charme, surtout à cause du montant qu’elle prétendait avoir dans son compte en banque. La famille mit donc tout en œuvre pour marier leur fils unique Vincent avec cette jolie fille, qui tenait à donner tout ce qu’elle possédait comme dot lors de son mariage. Mais tout ne se déroulera pas comme prévu pour Louis-Dollard et sa femme Estelle…

La chambre verte est un roman réussi du début à la fin. Un certain suspense s’installe dès le début de la lecture avec la découverte de ce cadavre, mais très peu d’éléments nous laissent présager ce qui s’est passé, si ce n’est la complicité de la maison qui par moment, aide Penny à entrer sans effort. La maison n’est donc pas seulement témoin dans toute cette histoire: elle tente elle aussi de se faire respecter. C’est pourquoi, ici et là, elle ouvre une porte, en ferme une autre, tout ça dans le plus simple anonymat.

La plume de Desjardins est réjouissante, drôle et lucide. Les personnages, dans leur obsession et leur fascination pour l’argent, deviennent attachants, surtout par l’ingéniosité dont ils font preuve pour arriver à leurs fins. La famille Delorme est sans contredit malade, mais sait aussi faire de l’avarice un art.

Extrait :

« Après vingt nuits passées sur la banquette de la voiture, mon vénéré fondateur n’est plus que l’ombre de lui-même. Il a les cheveux en broussaille et son pantalon semble avoir été taillé dans un plissé accordéon. Banni de la cuisine comme de la salle à manger, il est réduit à aller se nourrir au comptoir du miteux snack-bar Chez Deguire, où, périlleusement perché sur un tabouret pivotant, entouré d’une horde d’adolescents mal élevés qui font crier le juke-box à tue-tête, il avale en vitesse un sandwich aux sardines et une tranche de crème glacée napolitaine, et se sauve sans même avoir bu un café. »

Elizabeth Lord

La chambre verte, Martine Desjardins, Alto, 2016.