Crédit photo: Frédéric Sasseville-Painchaud

C’est à la Maison de la Culture Maisonneuve dans le cadre de Zone Homa que les créateurs Nathalie Boisvert, Olivier Sylvestre et Frédéric Sasseville-Painchaud présentaient leur première création théâtrale vendredi dernier: La fureur immobile, lançant du même coup leur compagnie de théâtre, Le Dôme. Seule sur scène, Nathalie Boisvert incarne une femme qui a tout quitté et qui tente d’exorciser la douleur d’une rupture amoureuse. Déclamant une poésie tant inventée qu’inspirée des œuvres de Nelly Arcan et de Virginia Woolf, l’oeuvre présente plusieurs personnages qui se côtoient, tant imaginaires que réels.

En mémoire de Nelly Arcan

D’abord, il faut souligner le passage tiré de l’œuvre de Nelly Arcan, dont le texte réussit à résonner grâce à une écriture crue et sans pudeur bien sûr, mais également grâce à un choix d’interprétation très approprié. Le ton saccadé de l’interprète martèle chacune des phrases imagées. Le dégoût est palpable. Cet homme posant effrontément ses doigts sur le chemisier de la jeune femme, prêt à la dévêtir pour en extirper son propre plaisir, pour l’objectifier un peu plus encore. La force de « La fureur immobile » réside très certainement dans l’impulsion qu’elle induit, dans cette nécessité d’honorer la mémoire d’une auteure insuffisamment encensée de son vivant, mais dont la plume aiguisée était tranchante et criante de vérité, une vérité sans vernis.

Dose d’humour

Le ton est également humoristique. Notamment, cette famille « Canadian Tire » étalant leurs vestiges commerciaux comme autant d’étiquettes pour définir une vie dont la réussite semble passer par la consommation. Mais le meilleur demeure pour la fin: Nathalie Boisvert prenant d’assaut la scène. Pieds ancrés, regard fixe, faisant face au public. Un texte ponctué de « Moi, moi, moi », « Toi, toi, toi », pour ainsi ériger deux visions discordantes, celle de Elle, et celle de Lui. La forme et la répétition lui confèrent une cadence qui rentre au pas, plus tonifiante, et plus accrocheuse pour le public. Le discours du personnage féminin semble presque nager dans un état de bipolarité, induisant un vif désir de seulement VIVRE.

Bref, s’il n’est pas toujours évident de s’y retrouver dans l’abstraction et l’intensité de cette poésie, force est d’admettre que les auteurs manient la plume admirablement bien, jouant à certaines reprises sur la forme pour rendre le propos et le contexte plus accessibles. Un mot pour décrire la pièce : inspirant.

Bonne continuité à la compagnie!

Extrait :

La chambre d’hôtel où je suis réfugiée a des plafonds blancs. En stucco. De longs rectangles alignés l’un contre l’autre, prévisibles, ordonnés, rassurants. Qui a inventé le stucco? Je m’imagine en chute libre, tirée vers ce blanc fade, vers le stucco et sa peau granuleuse, rude, implacable. Il reste peu d’espace entre le stucco et moi. Trois pas lunaires. À trois pas lunaires de me décomposer dans l’infini ».

Edith Malo

La fureur immobile était présentée à la Maison de la culture Maisonneuve le 29 juillet 2016 dans le cadre du festival Zone Homa.

Pour la programmation complète, c’est ici.