Des programmations musicales aux antipodes, un même soir, à quelques encablures, c’est aussi ça le Festival d’été de Québec. Et c’est tant mieux.

Lundi, au crépuscule, alors que Selena Gomez déroulait ses nombreux tubes pop sur les Plaines d’Abraham, les Trifluviens Bears of Legend rythmaient de leurs airs folks et planants une Place d’Youville pleine à craquer.

« Merci pour votre curiosité, pour votre ouverture d’esprit. Merci d’avoir choisi un spectacle différent », a souligné le chanteur du groupe à la voix toujours juste et agréable, David Lavergne. Si lui et ses six comparses doutaient jusque là du pouvoir attractif de leur matériel en comparaison à celui d’une star internationale, la soirée du 11 juillet les aura rassurés. Les nombreux spectateurs, tant des fans du groupe que des explorateurs à l’affût de découverte, ont accueilli avec beaucoup de chaleur leur prestation.

Une scène bien remplie

Le programme exécuté avec doigté par Bears of Legend était essentiellement composé des pièces qu’on retrouve sur leurs deux albums indépendants produits à ce jour. Good Morning, Motherland, qui date de 2012, et le plus récent Ghostwritten Chronicles, paru en 2015. Pour livrer leurs compositions poétiques et imagées, à la fois trad et classiques, les sept membres de la formation se sont offert la complicité de quelques instrumentistes supplémentaires de cordes et de cuivre. De plus, une trentaine de jeunes de la chorale des Petits Chanteurs de Trois-Rivières les accompagnaient ajoutant de l’ampleur aux harmonies vocales. Tout ce beau monde a été rejoint sur scène par une invitée surprise en la personne de Pascale Picard, le temps d’entonner un Beside Me fort agréable.
D’autres moments du spectacle sont à placer en exergue : notamment les interprétations de la mélodieuse When I Saved You From the Sea et de la touchante Encore, seule pièce en français du répertoire des « Ours ». Sans oublier la belle She Breaks me Down. Pour l’introduire, David Lavergne a raconté l’histoire tendre et rigolote de cette chanson qu’il avait écrite pour séduire celle devenue depuis la femme de sa vie et la maman de ses petits. Le clin d’œil n’a pas manqué d’attendrir la foule.

L’amour et l’amitié

Amour, tendresse et amitié sont d’ailleurs au cœur des thèmes qui inspirent les « Ours » dans leur travail de création. Ce sont ces valeurs, couplées à des rencontres humaines – qui ancrent bien au-delà des succès artistiques, de la griserie des prestations devant un large public, des tournées et des albums qui cartonnent – expliquait la formation lundi soir. On la sentait cette authenticité, à Place d’Youville : cette impression d’être là, en famille ou presque, plongés dans nos racines. Car le langage des Bears of Legend possède une saveur unique. Leurs textes, marqués de contes et de légendes, soutenus par des mélopées puissantes et mélancoliques, sur des tempos qui tantôt valsent, tantôt se suspendent à la faveur de longues envolées lyriques, possèdent le pouvoir de nous brancher au terroir comme celui de nous faire voyager sur les grandes vagues de l’âme.

Pendant quelque deux heures, entraîné dans l’univers mythique et fantastique des « Ours » sympathiques, au son des piano, violon, violoncelle, ukulélé, accordéon et consorts, personne n’a eu le temps de remettre en question son choix d’être là plutôt que sur les Plaines.

Brigitte Trudel

Le Festival d’été de Québec, du 7 au 17 juillet 2016. Pour plus d’informations, c’est ici.