Crédit photo : Muted Fawn

Parce que comparer les points de vue et confronter les idées, c’est notre dada au webzine Les Méconnus (et on aime ça se gâter) : deux journalistes chevronnées se sont rendues au Théâtre Fairmount lundi soir pour voir Chelsea Wolfe. Juré craché, Edith Paré-Roy et Mélissa Pelletier ne se sont pas lues mutuellement avant publication. Alors, accord total ou visions totalement différentes? Place aux critiques (en ordre alphabétique, excusez-nous pardon)!

Edith Paré-Roy

Tout comme Garfield et comme tout le monde, je déteste les lundis. À cause du retour de la fin de semaine, bien sûr, mais aussi de l’offre culturelle pauvre, voire inexistante, en cette journée maudite. Mais en ce lundi béni du 16 mai, oh miracle!, Chelsea Wolfe est venue briser la monotonie à coups de distorsions et de chants plaintifs qui auraient pu réveiller les morts.

Il aura toutefois fallu attendre une première partie longuette avant de voir arriver la Californienne. Mon voisin de bar (complètement saoul, faut-il le préciser) se demandait même s’il s’était trompé de spectacle tellement A Dead Forest Index s’éternisait! Pas que le duo néo-zélandais était mauvais, mais que la voix parfois chevrotante du chanteur et le manque d’originalité mélodique ont fini par prendre le dessus sur l’enthousiasme initial.

Comme toute mauvaise chose a une fin, Chelsea et ses trois musiciens sont enfin apparus sur scène pour livrer les pièces du magnifiquement déprimant album Abyss. Elle est bien révolue, l’époque où la chanteuse couvrait son visage d’un voile pour masquer sa timidité lorsqu’elle performait devant le public. Sans pour autant être devenue une bête de scène, elle est maintenant assez à l’aise pour échanger quelques mots et pour rocker fort.

Ses pièces ont pris une direction beaucoup plus heavy que sur l’enregistrement, en particulier la superbe Carrion Flowers, qui a même fait remuer les épaules des plus apathiques des spectateurs néogothiques et gothsters (hybride de hipster et de gothique). Le hit Feral Love, en étant interprété de façon plus brute et énergique que sur l’album Pain Is Beauty, a aussi décoiffé les cheveux noirs de plusieurs.

Un vilain rhume n’a pas empêché la beauté pâle de revenir le temps d’une chanson en rappel. Si mon voisin de bar était désormais trop saoul pour en profiter, l’adulescente nouvellement trentenaire que je suis en a profité jusqu’au bout, lundi soir ou pas.

Mélissa Pelletier

C’est armée de mouchoirs et de pastilles Halls que je me suis présentée au Théâtre Fairmount lundi soir pour aller zieuter le spectacle de Chelsea Wolfe. Rhume pas rhume, j’étais bien décidée à ne pas manquer l’artiste américaine qui sait créer une ambiance sombre et entraînante comme pas une.

Avant le plat de résistance, c’est A Dead Forest Index qui a tenté de réchauffer la salle. Ou plutôt, d’y instaurer l’ambiance voulue : sombre, pénétrante. Défi difficile pour le duo de Nouvelle-Zélande constitué d’Adam et Sam Sherry, qui a lancé son premier album déjà bien accueilli par la critique – In All That Drifts From Summit Down – le 1er mai dernier. Parce que si les chansons offertes par les artistes étaient étonamment bien menées et présentaient des des sonorités très familières aux pièces de Wolfe, elles n’ont malheureusement pas tant attirées l’attention du public. Trop simple, générique?

Dans un éclat de voix, notre voisin de table – qui s’était visiblement lancé le défi de boire le plus de vin possible avant que Wolfe monte sur scène – a mis des mots sur ce qui semblait être le sentiment de quelques personnes nous entourant : « C’est rien à comparé à Chelsea Wolfe : j’espère qu’elle va vraiment venir! » Scoop : il n’a pas été déçu.

Deux bières et un déplacement vers la scène plus tard, Chelsea Wolfe est arrivée. L’auteure-compositrice-interprète – qui avoue elle-même être plutôt timide – a pris son temps avant de s’adresser aux spectateurs. Plutôt statique en spectacle, l’artiste se concentre mille fois plus sur son micro qu’à l’idée de faire un lien avec ceux qui l’admirent.

Loin de lui en tenir rigueur, le public s’est tout de suite mis à se déhancher sur la rude Demons tirée d’Apokalypsis (2011), qui a lancé le bal. Pas de temps mort : l’artiste – qui a véritablement réussi à trouver un son unique, entre folk, rock, gothique, électro et expérimental – a vite entonné Carrion Flowers, un des succès d’Abyss (2015), son petit dernier. Et c’était parti pour Dragged Out, After The Fall, Mer, avec des tournures beaucoup plus rentre-dedans que sur album. Un feu roulant, jusqu’à ce que la chanteuse sorte de scène, visiblement dépassée par son rhume (hear you sister). « Je n’arrête pas de tousser, je reviens! » Si elle ne l’avait pas dit, on ne l’aurait pas su : en parfaite maîtrise, n’a même pas poussé une fausse note.

Quelques minutes plus tard, l’artiste a été accueillie par une vague d’applaudissements. Toujours aussi en contrôle, elle nous a chanté les solides Movie Screen, Color of Blood, Iron Moon, Survive… Ça y allait par là et c’est allé trop vite : avant même d’avoir le temps de s’ennuyer, même une seconde, Wolfe a quitté la scène avant de revenir pour un court rappel, Halfsleeper. Ça tombe bien, on en était un peu là. Mais on en aurait pris plus, c’est clair.