Crédit photo: Jules Bédard 

C’est sous le thème de l’ignorance que plusieurs artistes émergents se sont donnés rendez-vous au Théâtre La Chapelle mercredi soir dans le cadre de la quatrième édition  des Laissés Pour Contes, un spectacle théâtral de contes urbains. L’ignorance sous toutes ses formes, parfois crue, laide, parfois teintée de beauté toutefois. Retour.

Entre une femme apparemment heureuse qui découvre qu’il ne faut vraiment pas se fier aux apparences (La part d’ombre, écrit par Pierre Chamberland et interprété par Brigitte Soucy), un gars de Sorel qui raconte son rapport à l’homophobie (Rose Nanane, écrit par Pierre-Marc Drouin et interprété par Alphé Gagné); une jeune femme qui croit dur comme fer « qu’elle, elle sera VRAIMENT une bonne mère» (La grossesse, écrit par Jean-René Bérard et interprété par Audrey Rancourt-Lessard); une mère – plus vieille cette fois – qui s’en veut de ne pas avoir raconté sa vie, son histoire à sa fille victime de violence conjugale (J’aurais donc dû, écrit et interprété par Danielle Fichaud); une jeune fille attristée par la violence qu’à connu son frère Mathieu, « un débile léger qui ne voulait que faire son bénévolat sur le Boulevard Newman » (Le mal des transports, écrit par Juliana Léveillé-Trudel et interprété par Jani Pronovost) et un technicien/ wannabe comédien qui ne se gêne pas pour dire à son amie ses quatre vérités par rapport à sa volonté de devenir actrice (Conseil d’ami, écrit et interprété par Alexandre Dubois ), ça ratisse large.

Tellement, qu’on peut se demander si le tout – étonnamment égal malgré les plumes souvent justes, parfois maladroites – manque sa cible. L’ignorance nous entoure – malheureusement – chaque jour, et c’est plutôt dur de ne pas tomber dans les lieux communs en l’abordant. Homophobie, sexisme, préjugés sur la vie d’artiste, grossesse… La pointe de l’iceberg (allô Kevin Parent), si on peut dire ça ainsi. Pourtant, il aurait pu être intéressant de pousser davantage la réflexion, de renverser des tabous et, par le fait-même, de porter les spectateurs à réfléchir sur leurs propres zones d’ombre, leur possible ignorance.

Une occasion manquée? Pas nécessairement. Parce que même si on ne réinvente pas le monde ici, on le dépeint d’une bien jolie façon. Avec talent, les comédiens ont réussi à tirer plusieurs éclats de rire et soupirs étouffés de l’assistance. C’est ça en fait, Les Laissés Pour Contes: une occasion de se réunir pour découvrir des voix pertinentes de la relève qui soulèvent des problématiques importantes. Ce n’est pas parfait. Et alors? On profite et clairement, les conversations ne manqueront pas à la sortie.

– Mélissa Pelletier

Les Laissés pour Contes, du 17 au 21 février 2016 à La Chapelle.