Crédit photo : Hugo B. Lefort

Sur scène, ils sont dix, soit huit comédiens et deux musiciens. R. L. Stine, dans le confort de sa robe de chambre, nous introduit à sa plus grande œuvre : le roman La Gardienne. Vous vous souvenez des romans Frissons? Des couvertures noires et illustrations montrant de jeunes femmes terrifiées, des manoirs hantés ou un mélange des deux? Et toujours ce suspense à deux cennes, cette jumelle maléfique, ce voisin inquiétant, ces appels dans la nuit…

C’est en hommage à cette littérature cheap que le collectif All in théâtre a décidé de reproduire sur scène le fameux roman de R. L. Stine. Tout y est, depuis les accessoires rétros, les transitions entre les scènes malaisantes et les flash-back qui tombent à point jusqu’aux bruits, grincements et autres effets sonores dignes d’un épisode de Fais-moi peur. Il faut dire que la trame sonore est interprétée en direct par Vincent Pascal et Jérémie Ricard, ce qui assure à la production un chronométrage parfait. La pièce est également truffée des chansons chorégraphiées façon music-hall qui, appuyées de quelques diphtongaisons pour les besoins de la rime, expliquent les relations entre les personnages, par exemple l’improbable amitié entre le personnage principal et sa meilleure amie ou encore l’importance de la pizzeria dans la vie des adolescents.

frissons la garbienne

Parlons-en, des personnages. Julie Geoffroy est une jeune fille timide et pleine d’imagination, alors que sa meilleure amie est une vamp assumée. Pour aider financièrement sa mère (grâce à un salaire de trois dollars de l’heure), elle accepte de garder l’étrange petit Damien, fils des Hathier qui habitent un manoir en décrépitude. Bien sûr, le téléphone résonne dans la nuit et une voix mystérieuse promet à Julie qu’elle recevra bientôt de la visite… Est-ce un tour que lui joue Christian, le garçon qui lui plaît mais à qui elle n’arrive pas à faire confiance? Et qui est cet étrange voisin au terrifiant monosourcil qui rôde autour de la maison?

Les acteurs de La Gardienne sont tous excellents dans leurs rôles plus que clichés. Julie a l’air d’un chevreuil surpris par les phares d’une voiture en permanence et répète à qui mieux mieux « je suis tellement confuse! ». R. L. Stine lui-même se transforme en narrateur intrusif et commente l’action d’un peu trop près, pendant que Christian, avec son attitude cool et branchée et son sens de l’humour douteux, fait fondre notre cœur d’ado en manque de romance. Particulièrement savoureux sont les commentaires métadiscursifs des personnages, qui soulignent à grands traits tout l’absurde des péripéties qu’ils sont en train de vivre.

C’est tout juste si le public n’a pas ri d’un bout à l’autre de la pièce. L’exagération des expressions faciales et des mouvements, la remise en question de l’intrigue par ceux-là même qui la performent et les entraînants moments chantés ont fait de cette soirée une véritable réussite. Le seul hic? Il n’y avait qu’une seule représentation. Mais je ne serais pas surprise que La Gardienne revienne nous hanter sous peu. Après tout, si R. L. Stine a trouvé le moyen d’en tirer trois suites, le collectif All in théâtre devrait être en mesure de faire vivre sa création encore longtemps.

Chloé Leduc-Bélanger

La Gardienne du collectif All in théâtre, sur un texte de Catherine Paquin et Véronique Pascal, était présentée dans le cadre du festival Zone Homa. Conception musicale : Vincent Pascal et Jérémie Ricard. Avec  Véronique Pascal, Gabriel Paré, Maxime Desjardins, Anne Trudel, Guillaume Tremblay, Catherine Paquin Béchard, Alexandre Lavigne et Benjamin Déziel. Pour la programmation complète, c’est ici.