Reporting Europe’s Refugee CrisisSergey Ponomarev.

Montréal accueille du 31 août au 2 octobre 2016 au Marché Bonsecours la 11e édition du World Press Photo, le plus prestigieux concours annuel de photojournalisme au monde. Mardi dernier, je me réjouissais à l’idée de découvrir les photos lauréates de l’année 2015. Parmi les 83 000 images soumises par 5775 photojournalistes de 128 pays, les photos primées allaient se dévoiler sous mes yeux. Ma visite remonte à trois jours, et je ne suis pas encore remise de la puissance évocatrice de certaines d’entre elles. C’est ça pour moi le World Press Photo : des images qui te rentrent dedans, des réalités qui te triturent l’âme, mais aussi des photos d’hommes et de femmes qui, par leur courage, insufflent un formidable espoir en l’être humain.

Devenu un événement emblématique de la rentrée culturelle montréalaise, le World Press Photo, propose en images un parcours des grandes actualités de l’année, réparti en huit catégories. Aborder les faits marquants de l’année 2015, c’est nécessairement exposer la crise des réfugiés syriens. Par conséquent, il n’est pas étonnant que la photo de l’année, prise par le photographe australien Warren Richardson, soit un cliché d’un homme à la frontière de la Serbie et de la Hongrie tendant un bébé à travers une clôture de barbelés à un réfugié.

Hope for a New Life, crédit photo : Warren Richardson.

Hope for a New Life, Warren Richardson.

Comme le dit Francis Kohn, président du jury, cette photo, intitulée Espoir d’une nouvelle vie, résume les éléments clés de la crise des réfugiés : « Ce geste nous parle d’angoisse, de précarité et d’espoir. » Prise de nuit, sans flash, le fini est flou. Est-ce pour cette raison que cette photographie n’a pas été achetée pour publication en 2015? Qu’à cela ne tienne, pour moi, elle est parfaite, son contenu historique a une valeur de témoignage inestimable. « Certains jurés n’ont pas vraiment eu le coup de foudre pour le cliché devenu photo de l’année, mais l’appréciation de cette photo a grandi, presque en silence, au fur et à mesure des multiples étapes du concours », raconte M. Kohn.

Parmi les autres sujets abordés, les photographies primées de la catégorie « Nature » ont attiré mon attention. Murmures aux baleines du photographe mexicain, Anuar Patjane Floriuk, est un exploit photographique tant par sa qualité technique que par son contenu. Cliché époustouflant qui présente toutefois l’écosystème marin sous un seul angle : sa magnificence. « La nature est magnifique, mais elle a aussi un côté violent. Ce fut un grand privilège d’observer ces deux facettes », exprime M. Floriuk, qui a été le témoin ce jour-là d’une attaque contre le nouveau-né par des orques.

Whale Whisperers, Anuar Patjane Floriuk.

Whale Whisperers, Anuar Patjane Floriuk.

En complément au World Press Photo, quatre expositions connexes sont présentées dans l’Espace Mezzanine, dont Je ne viens pas de l’espace de la réalisatrice et auteure Anaïs Barbeau-Lavalette. Cette exposition, mise en œuvre conjointement avec le photographe Guillaume Simoneau, convie les spectateurs à rencontrer en images et en mots quatre familles syriennes installées à Montréal depuis peu. Ils souhaitaient rendre compte de leur existence actuelle : après la peur au ventre, après le déchirement, après la route, où en sont-ils? « Nous avons voulu raconter leurs premiers pas dans une lumière nouvelle », explique Mme Barbeau-Lavalette.

Photo de Ali Al Schihadeh, Expo : Je ne viens pas de l’espace.

L’intérêt du World Press Photo réside dans le processus de sélection par lequel passent toutes les images soumises au concours. Celui-ci procure aux actualités de l’année concernée une profondeur plus riche qui met en lumière les différentes dimensions d’une même réalité par les photographies choisies. En raison de cet aspect, la perspective du spectateur s’en trouve également transformée, mais aussi grâce au recul temporel vécu face à un fait marquant donné et permet ainsi une compréhension plus sensible de celui-ci. Vous pensiez avoir tout vu des actualités de l’année 2015? Détrompez-vous, car rien n’est moins sûr.

Marie-Paule Primeau

L’exposition World Press Photo Montréal est présentée à la Salle de la Commune du Marché Bonsecours du 31 août au 2 octobre 2016.