Cet automne paraissait aux Éditions Pow Pow Whitehorse – première partie, le nouveau roman graphique de Samuel Cantin. Après Phobies des moments seuls et de Vil et misérable l’auteur est connu pour son humour troublant, ses scènes de malaise désopilantes et ses personnages de misanthropes névrosés.

Whitehorse suit dans la même veine : Henri Castagnette, auteur qui n’a toujours pas publié son livre sur Pépin Le Bref, souffre d’une jalousie envahissante dès qu’il apprend que sa copine, finissante de l’École nationale de théâtre, partira bientôt pour Whitehorse tourner avec Sylvain Pastrami, jeune réalisateur et vedette mondaine du petit milieu du cinéma québécois. Petit milieu que Castagnette méprise autant qu’il se méprise lui-même.

Le synopsis est simple, mais la force de Samuel Cantin repose beaucoup sur les dialogues et l’habileté à dépasser les limites du respectable pour provoquer le déséquilibre. Les tirades d’angoisses existentielles de son personnage principal sont hilarantes; Castagnette sombre dans un délire de plus en plus ridicule et pathétique et passe de fantasque à totalement inapproprié. Il faut dire que la grossièreté ne vient pas seulement de Castagnette, le portrait du milieu du cinéma québécois, très « m’as-tu-vu à la Buvette à Simone », est aussi une belle source d’absurdités.planche

Le travail de Cantin est aussi remarquable dans l’attention portée à la blague « à côté » de l’histoire. Des digressions qui donnent envie de s’exclamer « maudit, qu’il est niaiseux! ». Les multiples personnages qui s’appellent Sylvain avec tous les quiproquos qui s’en suivent, par exemple.

Whitehorse est drôle, pas ennuyant et donne envie de réutiliser les sacres un peu bâtards comme « simonaque » et « câlibine ». Plein d’espoirs pour la deuxième partie…

Maude Levasseur

Whitehorse – première partie, Samuel Cantin, Éditions Pow Pow, 2015.