Un petit coup de cœur pour la démarche de ses trois femmes qui ont offert des films sans complexe dans le cadre des 36e Rendez-vous du cinéma québécois!

Isla Blanca de Jeanne Leblanc
À l’affiche depuis le 2 mars

Mathilde revient au bercail après une fugue de huit ans, juste à temps pour veiller sa mère mourante.

C’est peut-être parce qu’il s’est vu refuser son financement et a dû se contenter d’une très petite enveloppe au CALQ qu’Isla Blanca est si réussi. Avec un scénario sobre et épuré mis au service de l’authenticité, le film creuse un sujet difficile à coups de gros plans et de souvenirs imaginés.  Ceux qui ont accompagné un proche dans la mort seront touchés droit au cœur par l’opus. Tout y est; la difficulté de dire les choses, le besoin de se raccrocher aux plus infimes parcelles de beauté, le corps faisant obstacle à la proximité.  Mais jamais le film ne sombre dans le pathos ou le mélodrame.   En parfait accord avec le scénario, les comédiens (Théodore Pellerin, Judith Baribeau et Luc Picard) travaillent avec retenue et générosité, mais il faut noter le travail particulier de Charlotte Aubin, qui réussit à déployer, à travers ses silences, une palette de nuances surprenantes traduisant toute l’étendue de l’épopée interne du personnage.

Un film fait avec amour, une œuvre personnelle, une réalisatrice courageuse.

1999 de Samara Grace Chadwick

Incidemment, avec le documentaire 1999, on explore des thèmes similaires à la fiction de Leblanc ; la fuite, le retour, la mort.

Après seize ans d’absence, Chadwick revient à Dieppe, au Nouveau-Brunswick, où son adolescence s’était vue brutalisée par une vague de suicides à l’école secondaire qu’elle fréquentait.

Film forcément très intime, puisque la réalisatrice est directement liée au sujet, 1999 sert de catalyseur pour un deuil qu’elle avait autrefois choisi de fuir plutôt que d’affronter.  De cette façon, le film ne prétend jamais vouloir expliquer les raisons des suicides des adolescents, ni ne veut proposer de plan d’action pour les éviter.  Il s’agit davantage d’un film sur ceux qui restent, ceux qui survivent à l’absence.  À l’aide d’extraits de journaux intimes de l’époque, d’images d’archives et d’une facture visuelle contemplative voire parfois expérimentale, le film fait l’effet d’un journal vidéo (avec les quelques longueurs que l’on pourrait retrouver dans une œuvre faite d’abord pour soi). La réalisatrice réussit à trouver le juste milieu entre l’essai personnel et l’analyse respectueuse des impacts d’un drame sur des adolescents.

Un film porteur d’espoir traitant du deuil avec délicatesse et doigté.

Chien de garde de Sophie Dupuis
À l’affiche depuis le 9 mars

CHIEN DE GARDE – BANDE ANNONCE (TRAILER) from BRAVO CHARLIE on Vimeo.

Chien de garde est un film qui frappe fort. Deux frères (Jean-Simon Leduc et Théodore Pellerin) sont « collecteurs » pour leur oncle (Paul Ahmarani).  Forts de leur sentiment d’invincibilité, ils règnent sur Verdun avec toute la fougue que leur permet leur statut de truands.  Mais voilà, Vincent (Pellerin) est un peu plus « crinqué » et imprévisible que son grand frère JP (Leduc).  Celui-ci commence à sentir le joug de son oncle se resserrer et aspire à une vie meilleure.  À cela, on ajoute la présence d’une mère à l’amour infini (Maude Guérin), mais incapable de faire face à son rôle. Le film dresse le portrait d’une famille tricotée serrée certes, mais à l’amour un peu tordu et pose la question : est-il possible d’échapper à sa famille?

Si le scénario tout à fait maîtrisé, il reste qu’on n’échappe pas à certains clichés.  C’est une histoire mainte et mainte fois racontée, et la conclusion du long métrage est un peu décevante, presque convenue. Les personnages sont incroyablement bien écrits, mais l’analyse du milieu social dans lequel ils évoluent est pratiquement occultée, ce qui donne l’impression que les réflexions de l’auteure sont faites de façon autarcique.

Ceci dit, le plaisir du film ne se trouve pas en son récit, mais plutôt en ses protagonistes, tous incarnés de façon magistrale par leurs interprètes.  Théodore Pellerin réussit à créer un personnage borderline coloré, inquiétant, mais tellement humain et attendrissant. Jean-Simon Leduc fait passer toute la bonté de l’humanité à travers ses regards et on se retrouve rapidement très investi par ce qui lui arrive.  Maude Guérin brise le cœur de par son incompétence maternelle et on en arrive à souhaiter un film pour en apprendre davantage sur cette femme dépassée. Chaque acteur est allé au bout de sa proposition, ce qui en dit long sur les capacités de Sophie Dupuis.

Chien de garde est un film brutal et émouvant, même s’il n’arrive pas à nous faire oublier qu’il est un produit de fiction.  Réalisatrice de grand talent, il sera intéressant de voir ce qu’un film un peu plus personnel pourrait offrir.

Rose Normandin

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