Crédit photo : Joseph Elliot Israel Gorman

Une certitude. Voyage(s) d’Hanna Abd El Nour, oeuvre inspirée d’Ulysse, Don Quichotte et Peer Gynt présentée en ce moment à La Chapelle Scènes Contemporaines, est unique. Expérimentale. Subversive. Intense. Réussie? C’est moins certain. Retour sur la proposition entre danse, musique, mots, lumière et chants de Volte 21 qui a fait salle comble pour sa première.

Une scène remplie à ras bord de sable qui rappelle les jardins japonais miniatures par la perfection de sa disposition, qui deviendra vite un désert fou et hors de contrôle. Cinquante-six projecteurs (oui oui, j’ai pris le temps de compter) forment un cylindre qui habite bien l’espace. Le décor est posé pour Radwan Moumneh (Jerusalem in my heart) qui entame une chanson, assis bien tranquillement dans le coin de la scène. Autour de lui, Sylvio Arriola, Marc Béland et Stefan Verna s’affairent à ne rien faire ou presque, debout, à genoux, ou couché.

Après une introduction un brin trop longue, ça commence. Marc Béland prend la parole. Une parole hachurée, intense. Une parole qui se cherche, s’enroule autour des thèmes de la mémoire et de l’identité. Et les tableaux, si on peut les appeler ainsi, commencent à s’enchaîner sous la musique en direct de Moumneh qui fixe le public intensément, lunettes de soleil sur le nez.

Pendant qu’un artiste longe le fond de la salle, l’autre saute sur place. Tandis que celui-là se retrouve carrément la tête en bas, l’autre bouge le gras de son ventre. Alors que lui chante, l’autre lève les bras et s’agite sans fin. Chaque scène a le potentiel de devenir un véritable défi physique pour les interprètes, qui assument le tout avec une énergie belle à voir. Tour de force, certainement.

Tout ça, au gré des âges qui passent.

«J’ai 85 ans. »

«J’ai 18 ans. »

«J’ai 31 ans. »

«J’ai 41 ans.»

« J’ai 51 ans.»

« J’ai 61 ans.»

C’est rythmé, hypnotisant et presque intenable pour certains spectateurs qui montrent vite des signes d’agitation : soupirs, ricanements nerveux, un «Simonac!» bien senti et sommeil profond (oui oui). L’humain s’échappe parfois comme il peut d’une situation où il est, en quelque sorte, prisonnier. Était-ce le but d’Hanna And El Nour? En offrant une œuvre d’un hermétisme quasi-parfait, l’artiste a certainement réussi à déstabiliser, et même provoquer, les attentes du public. Intéressant en théorie, un peu pénible en pratique.

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La proposition a tout de même réussi à compter quelques points, surtout grâce au talent indéniable des artistes. Si la formule des tableaux était plus souvent qu’autrement bien lourde, ça a permis à de jolis moments de se profiler. Le solo dansé de Stefan Verna, notamment, qui a été un des points marquants de Voyage(s). Mention spéciale également à Martin Sirois, qui a présenté de  superbes éclairages.

Voyage(s) est si particulier qu’un spectateur s’est mis à applaudir avant la fin, confus. Les comédiens ont fini par quitter la salle sous le son du fou rire de deux dames qui ont finalement sombré dans les abîmes de l’hilarité, comme soulagées que le spectacle se soit terminé. Dommage.

Mélissa Pelletier

Voyage(s) à La Chapelle Scènes contemporaines, du 22 janvier au 3 février 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

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