Mise en lecture en 2006, la pièce Voiture américaine de Catherine Léger monte enfin sur les planches avec la talentueuse troupe de La Banquette arrière. Mise en scène par Philippe Lambert, ce spectacle un peu absurde se joue dans un monde imagé qui nous a un peu rattrapés. Tout le monde y cherche l’extase sans la trouver. A-t-elle déjà existée?

Chacun a ses manières de vivre ses contradictions ou ne pas les vivre comme Suzanne, une des protagonistes qui garde tout à l’intérieur. Y compris elle-même (à l’intérieur de sa maison). Les « bêtes » font des cérémonies, les taxis écrasent des gens, on garde l’alcool comme un trésor et les êtres humains ne savent plus communiquer quand les objets de consommation n’existent plus. Les mots perdent de leur sens, la raison aussi.

Et pourtant c’est le langage qui porte en lui tout l’humour de la pièce et toute sa tristesse en même temps. Ce nouveau monde extrêmement violent porte en son ventre ingrat huit personnages avec un manque précis, qui devient maître de leurs actions, les poussant dans leurs pires retranchements. Bathak, qui se voit en bœuf, ne demande qu’une vache. De la biologie pure. Garance, sa future femme, qui croit avoir connu l’amour, se résigne pourtant à la soumission.

Il n’y a pas que les gens qui sont malmenés. Le féminisme paie le prix fort. L’amour et la passion aussi. Les relations sont mathématiques ou résignées. Les tentatives de révolte se soldent souvent par des échecs. On veut pourtant se battre contre l’immobilité. Jacquot veut juste rouler, avoir plus. Suzanne veut sortir et crier. La vieille Grignon veut ne plus être vieille, peut-être. Richard veut construire de ses mains.

Notre quotidien n’est pas trop éloigné de cette fiction, au contraire: on est en plein de dedans. Le jeu presque parfait des acteurs trouve son écho dans la lucidité de cette pièce, dans son réalisme également. Cela ne finit pas sur une fin heureuse, loin de là. La pièce termine là où l’imagination n’est plus suffisante pour se leurrer.

Rose Carine H.

Voiture américaine, à la Licorne jusqu’au 17 octobre