Marie-Claude Bouthillier, Dans le ventre de la baleine. Crédit photo : Yan Giguère

Marie-Claude Bouthillier est l’une de ces artistes d’aujourd’hui qui parviennent, avec succès, à redéfinir les limites de la peinture. Elle est reconnue pour plier et replier les supports de manière à façonner l’espace. Entre ses mains, le dessin et la peinture se transforment en lieux presque architecturaux. Pour cette nouvelle exposition chez CIRCA, sa réflexion intègre des éléments nouveaux, plus près de l’intime, du récit et de l’histoire.

Les pièces de l’exposition Vœux se révèlent doucement au visiteur, qui est convié à parcourir chapitre par chapitre le récit introspectif d’une artiste et de ses influences.

En premier lieu, une série de petites maisons en plâtre invite au passage. Une fois contournée, on a le sentiment de quitter son village pour emprunter un sentier inconnu.

La grille : support, surface, confession et expression

Trois œuvres suivent, toutes des grilles. Un dytique de petit format peint sur laine, noir sur blanc, s’oppose à deux pièces de grande taille. Une grille en bois autoportante découpe l’espace et permet d’entrevoir au mur le très sensible L’habit, un entrelacement de huit lanières de toile qui imite l’aspect du cuir vieilli. La forme épurée et géométrique de cette œuvre n’altère pas son aura chamanique. On pense à la grille du parloir, qui sépare le pêcheur du prêtre et surtout, qui accueille la confession.

L’idée de la grille agit comme une frontière. Le visiteur la traverse pour passer de l’extérieur vers le monde intérieur de l’artiste.

L’artiste et la religieuse en quête du sacré

Le premier point de rencontre avec le monde intérieur et secret de Vœux, est une installation qui apparait d’abord comme une grande masse de tissu noir qui nous tourne le dos. En contournant l’œuvre La Vierge ouvrante – La cellule, on y découvre un lit couvert. Le lit est sombre et drapé, comme une longue robe liturgique catholique. Une vingtaine de petits portraits de religieuses ont été dessinés à la ligne puis suspendus au-dessus du lit. On imagine alors la religieuse seule dans sa chambre pour prier, ou peut-être l’artiste recluse dans son atelier pour créer.

En effet, l’exposition Vœux nous rappelle les similitudes entre la vie d’artiste et la vie monastique : l’importance du travail manuel, l’idée de la solitude et la réclusion au sein d’une communauté. Comme la religieuse cloitrée, l’artiste décide de sa propre liberté en intégrant un système de règles, une discipline et une pratique de tous les jours. Elles consacrent leur existence à une quête spirituelle.

La femme artiste et la religieuse sont également toutes deux de grandes oubliées de l’histoire.

Les dirigeantes et enseignantes des communautés religieuses ont exercé un monopole dans les écoles ménagères et les instituts de pédagogie familiale durant près d’un demi-siècle. À leurs côtés, toute une génération de femmes s’est approprié l’art textile et l’artisanat, des travaux manuels alors associés à la sphère domestique. Aujourd’hui, tricot, métier à tisser et broderie regagnent en popularité et plusieurs jeunes artistes explorent ces techniques artisanales pour créer des œuvres actuelles, qui revendiquent un féminisme affirmé.

Marie-Calude Bouthillier, vue de l'exposition Voeux. Crédit photo : Caroline Cloutier

Marie-Claude Bouthillier, vue de l’exposition Voeux. Crédit photo : Caroline Cloutier

Dans la seconde salle de la galerie, le visiteur découvre une fontaine ainsi que l’œuvre Crèche, un autel qui semble rendre hommage à ce patrimoine culturel et artisanal hérité des religieuses.

On sera sûrement attiré par ces étranges reliques, avec l’impression magique d’observer des croquis qui auraient surgi hors du carnet de l’artiste pour prendre une forme nouvelle, tridimensionnelle. Une multitude de matériaux y sont assemblés de manière ludique : boutons, bobines, tissus, feutrine, laine, tissage. Bouthillier réfléchit une fois de plus l’espace en termes d’esquisse et de trait.

Chaque pièce de Vœux constitue un petit univers en soi. Une scénographie mieux pensée, aux éclairages plus dramatiques aurait servi l’ensemble. Le cube blanc de CIRCA aseptise tristement le côté mystérieux et tribal de l’exposition.

Il est difficile de quitter le monde parallèle de Vœux pour atterrir sur le banal trottoir de la rue Sainte-Catherine. Heureusement, si vous parcourez quelques kilomètres plus à l’ouest, une superbe installation de l’artiste est aussi présentée au Musée des Beaux-Arts jusqu’au 7 août 2016, dans le cadre de l’exposition Elles aujourd’hui : l’œuvre Dans le ventre de la baleine fait partie de la Collection du Musée.

L’artiste propose de visiter une tanière dont les murs sont recouverts de dessins. Vous aurez le sentiment de marcher à l’intérieur d’une peinture. N’hésitez pas à y aller accompagné d’un enfant : ce sera un succès assuré!

– Marie Samuel Levasseur

L’exposition Vœux de Marie-Claude Bouthillier est présentée à CIRCA jusqu’au 27 février 2016.
Pour plus de détails, c’est ici.

L’exposition collective Elles aujourd’hui est présentée au Musée des Beaux-Arts de Montréal jusqu’au 7 août 2016.
Pour plus de détails, c’est ici.