Crédit photo: Janet Macpherson. A Canadian Bestiary, 2017. Source: Gardiner Museum

Aujourd’hui, Toronto se positionne comme capitale culturelle grâce à ses artistes, ses musées, son architecture, ses foires d’art contemporain et son festival de cinéma. Bien que l’automne torontois soit particulièrement vibrant, une virée des musées s’impose ce printemps. Voici donc quelques expositions qui valent le détour dans la province voisine.

A Canadian Bestiary de Janet Macpherson
16 février au 22 mai 2017 au Musée Gardiner

Unique musée entièrement voué à la céramique, le Musée Gardiner de Toronto occupe une place bien au chaud dans le cœur des Torontois. En plus d’abriter une impressionnante collection de près de 3 000 pièces de céramique, il présente des expositions temporaires inédites et franchement réjouissantes d’artistes actuels comme celles de Betty Woodman en 2011 et de Kent Monkman en 2015.

Cette fois-ci, c’est l’artiste canadienne Janet Macpherson qui a eu carte blanche pour envahir l’espace du Gardiner avec ses centaines de délicates porcelaines animalières. Dans A Canadian Bestiary, d’étranges petites créatures hybrides, parfois masquées, cohabitent avec d’autres animaux de la forêt plus réalistes et de taille réelle.  Ajoutez à cela un environnement sonore inquiétant créé par le musicien Justin Haynes et des projections vidéo de paysages par l’artiste Renée Lear, vous obtenez un écosystème complexe qui questionne les conceptions courantes sur la nordicité et l’identité canadienne.

Janet Macpherson démontre une maîtrise parfaite de la porcelaine par glissement, technique terriblement complexe, comme l’illustre une vidéo making of en début d’exposition. Au-delà de la technique, Macpherson parvient à transmettre une vision narrative et sensorielle très intéressante. Malgré quelques ratés scénographiques (éclairages colorés inutiles et ombres dérangeantes), A Canadian Bestiary est une bonne occasion de découvrir l’artiste et le magnifique Gardiner Museum. À l’affiche jusqu’au 21 mai 2017.

Portraits and Collections de Katherine Knight
22 février au 25 juin 2017 au Textile Museum of Canada

Crédit photo : Knowledge is Power, photograph by Katherine Knight, 2009. Source: Textile Museum of Canada

Jusqu’au 25 juin, le TMC présente d’une part des pièces de l’impressionnante et intime collection d’œuvres artisanales textiles néo-écossaises constituée par Jane Webster et d’autre part, un projet de Katherine Knight qui revisite la collection de Webster sous la forme d’un inventaire méticuleux.

Bien que la collection de Webster soit exhaustive et délicatement scénographiée, c’est l’exposition de Knight qui secoue et émerveille. Knight a photographié des centaines d’ouvrages cousus appelés mottos : ces phrases courtes – proverbes ou citations de la Bible tissés – étaient encadrées et trônaient aux murs des maisons néo-écossaises au siècle dernier. Pour vous situer, je dirais que les mottos sont les ancêtres gracieux des memes qui peuplent aujourd’hui nos murs… Facebook!

Dans ce projet, Knight offre une multitude de lectures de la matérialité des pièces (l’arrière des tissages, les différentes couches qui forment l’encadrement) et de leur charge historique. Portrait d’une tradition artisanale démodée, ce corpus d’œuvres forme un récit collectif des femmes de l’époque. Knight sublime cette mémoire dans son installation vidéo Forget Me Not. L’artiste a enregistré quatre générations de femmes du comté de Pictou, en Nouvelle-Écosse, où se trouve la collection. Leurs voix récitent les slogans par mémoire, imitation et interprétation, pendant que les photographies des mottos défilent. Ce chœur semble résonner à travers le temps.

Le processus singulier de Knight permet de traduire une tradition, son histoire et ses souvenirs en un projet créatif original, qui étend la portée de l’héritage de Jane Webster. Un gros coup de cœur.

Georgia O’Keeffe
22 avril au 30 juillet 2017 à la Art Gallery of Ontario

Crédit photo : Georgia O’Keeffe. Black Hills with Cedar, 1941. Oil on canvas, 40.6 × 76 cm. Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, Washington, D.C. © Georgia O’Keeffe Museum, Photography by Cathy Carver. Source: AGO

Dès le 22 avril, la Art Gallery of Ontario (AGO) présente une rétrospective majeure d’une peintre pionnière du modernisme américain : Georgia O’Keeffe. Coproduite par la Tate Modern de Londres, cette exposition regroupera des œuvres phares et promet une immersion dans l’essence même de l’artiste, son lien profondément personnel avec le paysage, la nature et l’architecture.

Le style emblématique d’O’Keeffe, inspiré des fleurs, du sexe féminin et des vues imprenables du Nouveau-Mexique, a influencé de nombreux artistes de l’époque, dont Ansel Adams, Paul Strand et son conjoint Alfred Stieglitz, dont les photographies sont également présentées dans cette rétrospective.

L’art de Georgia O’Keeffe constitue un héritage sacré. Ce sera un véritable privilège et bonheur de pouvoir admirer près de 100 œuvres créées de la main de cette artiste légendaire.

Marie Samuel Levasseur