Un soir d’été où il est seul à la maison, un petit garçon regarde la télé et tombe sur le chef d’oeuvre de Stanley Kubrick The Shining, film qui habitera ensuite sa vie. C’est ce film qui est le point central de l’essai, ce autour de quoi s’articule le récit de Simon Roy, qui signe ici son premier livre aux Éditions du Boréal. Malgré la panoplie de bouquins publiés chaque année, rares sont ceux qui ont une portée aussi grande tant émotionnellement qu’intellectuellement que Ma vie rouge Kubrick. L’essai s’inscrit parfaitement dans cette lignée de livres qui font réfléchir tout en nous marquant profondément, comme l’avait fait la trilogie d’Éric Plamondon, 1984, il y a quelques années.

Roy s’attelle d’abord à décortiquer le film, les thèmes, les points forts pour en faire une réelle étude. On sent qu’il a dû réécouter le film souvent (il le mentionne d’ailleurs) et qu’il s’est autant dévoué à l’analyse du film que Kubrick s’est dédié à sa réalisation. Avec la figure du réalisateur culte toujours en filigrane, Roy s’intéresse à la force énigmatique qu’a eu sur lui le film. Pourquoi cette oeuvre racontant l’histoire d’un écrivain devenu maniaque lors de quelques mois d’isolement en hiver a eu autant d’emprise sur lui? C’est alors que Roy expose ses propres démons familiaux, les secrets qu’habituellement on garde dans les placards et qu’on ne met pas en lumière. Mêlé au climat souvent claustrophobique de The Shining, le récit familial n’en est que plus poignant, pratiquement terrifiant.

Une autre figure importante du récit est celle de la mère, fragile et tragique, une mère qui a vécu dans une infinie tristesse, presque inimaginable. Une figure portée par un amour sans borne de la part du fils Simon, ce même petit garçon parti se réfugier dans ses jupes après la terrifiante réplique du film: « Tu aimes les glaces, canard? »

Malgré la violence, la haine, le rouge Kubrick, Roy a su écrire sincèrement, à coeur ouvert, un livre d’une étrange force, d’une beauté crue.

Elizabeth Lord

Ma vie rouge Kubrick, Simon Roy, Boréal, 2014.