Si Une vie violente se passe dans la Corse des années quatre-vingt-dix, alors qu’elle essaie pour la énième fois de revendiquer son indépendance, le film trouve une résonance particulière à la lumière de la radicalisation des jeunes hommes dans divers pays aujourd’hui. Prouvant, d’une certaine façon, que l’histoire se répète sans arrêt. Empruntant son titre à un roman d’un autre cinéaste, Pier Paolo Pasolini, cette tragédie d’une sobriété désarmante raconte la brève vie sanglante d’une bande de jeunes truands corses.

Stéphane (Jean Michelangeli) a fui la Corse pour échapper à l’arrêt de mort signé à son endroit. Or, lorsqu’il apprend l’assassinat de son meilleur ami, il décide de faire face aux conséquences de ses actes et de retourner chez lui pour assister à l’enterrement. Débute alors le flash-back qui constitue la majorité du film, dans lequel nous assisterons à la « carrière » de Stéphane ; de son ennui adolescent flirtant avec la délinquance jusqu’à sa rencontre avec des hommes dits nationalistes, à la dissolution de la faction à laquelle il appartenait jusqu’à la guerre que se livrent les survivants.

Avec son traitement réaliste et brutal, Thierry De Peretti (et Guillaume Bréaud cosignant le scénario) offre une réflexion sur la manipulation dont sont victimes les jeunes gens en quête d’idéaux et d’utilité, et qui se trouvent à servir, à leur insu, l’agenda de la mafia locale. Ici, tous les pièges sont annoncés et on regarde avec horreur les jeunes caïds y tomber.

Le génie du film est dans son dépouillement. Alors que ses scènes de violence sont déstabilisantes, jamais De Peretti ne sombre dans la surenchère, les filmant de loin, à la manière des infos. L’horreur devient banale, voire le résultat normal des aléas de la vie ordinaire. Les dialogues hyper réalistes forcent le spectateur à être vigilant et exercer son propre décodage s’il veut cerner les enjeux dramatiques animant les différents personnages, tous entiers, complexes et incroyablement bien incarnés par leurs acteurs.

Une vie violente emprunte beaucoup au documentaire, tant le réalisme est primé. Il faut voir cette scène troublante, où à la manière d’un chœur tragique, les femmes commentent froidement les règlements de compte qui ont coûté la vie à plusieurs jeunes gens de leur connaissance. Il y a un code, il faut s’y plier, même au péril de sa vie. Leur quasi-insensibilité devant le drame que vit leur amie Jeanne, la mère de Stéphane (personnage émouvant interprété par Marie-Pierre Nouveau), alors qu’elle leur demande conseil, souligne l’indécence et l’inutilité de ces vies violentes.

Si, à prime abord, le film n’éblouit pas tant il est proche de l’ordinaire, sa substance est grande et son empreinte profonde. Une vie violente frappe fort sans hausser le ton.

Rose Normandin

Une vie violente de Thierry De Peretti est présenté en salle depuis le 20 avril 2018.

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