Au-dessus de la gare le ciel est bleu et beau.
Comme tout ce qui est beau, il ne répond à aucune question.
As the bus pulls out of the station, the invisible man looks out the window.
The sky is lightening blue and beautiful.
Like everything else that is beautiful, it answers no questions.

-L’homme invisible/The Invisible Man (Patrice Desbiens)

Crédit: Kim Renders

Présentée au Monument-National, la pièce L’homme invisible/The Invisible Man, écrite par le poète franco-ontarien Patrice Desbiens, nous plonge au cœur de la solitude d’un homme divisé, déchiré plutôt, entre les cultures qu’il habite, et qui l’habitent. Dans une œuvre à saveur largement autobiographique, l’auteur aborde les thèmes de l’incertitude identitaire, de la solitude et de la langue.

La pièce, jouée dans son intégralité en français et en anglais, met en scène deux acteurs qui récitent tour à tour leur version de l’histoire d’un même personnage. Leurs récits se chevauchent, se complètent et se répondent à une vitesse parfois étourdissante, comme le miroir des voix qui font du personnage, incarné à la fois par Jimmy Blais et par Guillaume Tremblay (Clotaire Rapaille – L’opéra rock), cet homme qui n’est jamais réellement French Canadian, pas plus qu’il n’est Canadien anglais, ou alors pourrait-il être tout ça? Ces deux histoires, qui se font écho tout en ne faisant qu’une, superposent et juxtaposent les langues, les cultures et les interprétations possibles d’une même situation.

Si les deux histoires racontent une seule et même vie, les propos livrés divergent légèrement, comme un témoignage de l’impossibilité de traduire le sens, une culture, ou une façon de penser, tous soumis aux influences de leur milieu. Plus la pièce progresse, plus les divergences entre les deux versions se font plus importantes, plus insistantes et surtout, plus empreintes de sens. Le titre reflète d’ailleurs le ton de la pièce, l’idée de l’homme invisible aux yeux de son pays, à ceux des femmes, d’une femme, et donc

Crédit: Kim Renders

doublement dépossédé de tout ce qui aurait pu lui donner une identité. On constate rapidement que les propos tenus en français sont d’un réalisme tenace, tandis que l’anglais révèle un univers idéalisé, rêvé et rêveur, qui prend parfois des airs hollywoodiens lorsque l’homme invisible s’emporte en parlant du film de sa vie.

L’homme invisible/The Invisible Man est l’occasion d’apprécier, dans l’intimité d’une toute petite salle où la proximité nous fait oublier le reste, les mille et un détours empruntés par l’auteur pour jouer avec la langue, les mots et les idées, le tout mis en scène de façon à amplifier le rôle du bilinguisme de la pièce, et à en intensifier la signification.

Une trame sonore accompagne la pièce, assurée en direct à la guitare par Harry Standjoski, également responsable de la mise en scène, et par Gabriella Hook à l’accordéon et à la voix. Pour tout décor, deux chaises, quelques bouteilles ici et là, et une croix tracée à la craie sur le sol.

– Annie Dumont

Les représentations de L’homme invisible/The Invisible Man se poursuivent jusqu’au 17 mars 2012 au Monument-National.