Le Festival du nouveau cinéma présentait hier soir en ouverture de sa 45e édition Two Lovers and a Bear de Kim Nguyen. Le réalisateur montréalais est connu pour Rebelle, film coup de poing sur une enfant-soldat, œuvre qui lui a valu une nomination à la cérémonie des Oscars en 2012. Avec son dernier opus, Nguyen quitte l’Afrique pour l’Arctique et la guerre pour l’amour.

Les amants d’Apex

Two Lovers and a Bear est une histoire à la Roméo et Juliette : deux jeunes amants éperdus au cœur de la tempête. Mais ici s’arrête la comparaison : les amants ne sont pas à Vérone, mais à Apex dans le Nunavut.

Roman est livreur et Lucy conduit un taxi. Ils ont tous les deux fui le Sud pour échapper à la violence de leurs milieux et se sont rencontrés dans le Nord où ils vivent un premier amour intense.

Bien sûr, les choses vont se corser; l’amour sera mis à l’épreuve par le départ possible de Lucy et les amants décideront, non sans un peu de « drama » de partir ensemble vers le Sud en motoneige.

Le film enchaine ensuite des moments de complicité, mais aussi des scènes plus mélancoliques; les amoureux passeront, entre autres, devant un troupeau de caribous noyés qui, on le devine un peu, est une métaphore de leur fuite naïve.

L’histoire est touchante bien sûr, mais fait beaucoup penser aux grands romans de notre adolescence. Une vague impression de Marie-Tempête où les problèmes sont moins des problèmes que les émois des premières grandes émotions.

Le « petit » Nord

 Assez remarquable, le Nord n’est pas fantasmé dans Two Lovers and a Bear, mais filmé comme il se présente : pas si blanc, désertique et lumineux, le Nord est plus souvent qu’autrement gris et sent l’essence des motoneiges. En cela, la photographie pourrait paraitre pauvre, mais il s’agit plutôt de défaire l’attente du spectateur habitué à un Arctique magnifié et grandiose pour se concentrer sur l’histoire des amants. La magie est ailleurs, j’y reviendrai…

L’Arctique donc, n’est pas comme plusieurs le diront « un personnage du film », non, c’est une géographie avec laquelle composer et qui ajoute une difficulté extérieure aux troubles intérieurs et aux fantômes des jeunes amants. Bref, une course de motoneige est plus libre qu’un « road trip » et la survie est moins assurée à Apex qu’à Montréal. Le Grand Nord, bien qu’immense, permet aussi un certain huis clos pour les amoureux qui sont seuls pour la majeure partie de l’aventure.

L’ours

 Et l’ours, me direz-vous? Eh bien, je ne ferai pas comme Catherine Perrin, je vais garder la surprise. Je ne dirai que ceci : l’ours, c’est l’élément magique et drôle qui élève le film, permet une respiration, une soupape à l’intensité adolescente du film. D’ailleurs, le film aurait eu besoin de plus de cet humour et de cette magie pour sortir un peu d’une sorte de marasme convenu qui alourdit malheureusement le récit.

Nguyen réussit à remplir son film d’émotions intenses : amour, déchirement, tragique et angoisse (entre autres, une scène à la 127 heures est à couper le souffle), mais il manque à Two Lovers and a Bear une certaine maturité.

Bref, le Festival du nouveau cinéma s’ouvre avec un film réussi, mais pas extraordinaire. La louve du FNC arrive à pas de loup, mais elle saura bien nous séduire ailleurs, elle y arrive toujours.

Maude Levasseur

Two Lovers and a Bear de Kim Nguyen était présenté en ouverture du FNC le 5 octobre dernier.