Simon Lanctôt, jeune professeur au Cégep, commence ses carnets comme on ouvre une soupape; avant tout pour ventiler, surtout pour faire sortir la pression. Il se rend bien compte qu’à continuer de « chialer » sur le système scolaire comme il le fait si ouvertement, bientôt il se retrouvera sans amis, mais s’il se retient sans cesse de dire ce qu’il pense, il finira sa carrière trop jeune et surtout aigri, peut-être même complètement désillusionné. On sent tout au long de la lecture de ses carnets ce qui retient Lanctôt de justement tout foutre en l’air: la passion. Il est avant tout un passionné de littérature et quelqu’un ayant à cœur de transmettre cette passion, et ce malgré la pesanteur du système ainsi que le charabia des compétences transversales à faire acquérir à des élèves souvent déjà carencé sur plusieurs points lors de leurs entrées au cégep. Le système lui demande d’être professeur de « français » alors que les élèves devraient déjà savoir écrire et se corriger, devraient savoir ce qu’est minimalement une figure de style, et non seulement « le principe » d’une figure de style comme le demande la réforme.

Et la littérature là-dedans? Vous savez? Ce pour quoi il a fait des études et une maîtrise; elle est où la place de la littérature quand tout doit être axé sur la réussite de l’Épreuve uniforme du français à la fin des études collégiales? Comment juge-t-on un élève sur l’appréciation qu’il fera d’une œuvre? Ce sont toutes des questions très pertinentes soulevées dans ses carnets. Le jeune homme ne fait pas que relever les injustices, il apporte aussi des pistes de solution, mais des solutions ancrées dans le réel, dans la pratique, tout contrairement aux pédagogues du Ministère qui ne semblent pas avoir enseigné depuis des années selon lui.

L’honnêteté est un des points forts de son écriture et apporte authenticité au discours. L’auteur ne prétend pas détenir la vérité, et c’est une marque de grande sagesse qu’il a eue d’exposer ses nombreux doutes, autant sur le système que sur ses compétences et stratégies d’enseignement, sur la solidité de ses cours et sur le choix des œuvres à l’étude. Malgré les incertitudes qui planent souvent sur sa carrière, il garde à cœur une chose: la réussite de ses élèves, et c’est tout à son honneur. Il le dit lui-même, ce sont eux qui l’empêchent justement d’abandonner. Après le dernier cours, il rencontre souvent ses élèves pour un verre et c’est là que se font remerciements et commentaires sur la session, ce qui semble pour lui le vrai salaire du cours. Et pour ça, on lui demande de rester, il faut garder quelques passionnés dans le système!

– Elizabeth Lord

Tout foutre en l’air: carnets d’un jeune prof est la première parution de Simon Lanctôt, septembre 2013, Hamac-Carnets (Septentrion), 338 pages.