Crédit photo : Nicolas Descoteaux

En conclusion à sa saison, le Centre du Théâtre d’aujourd’hui présente Toccate et fugue, un texte d’Étienne Lepage, mis en scène par Florent Siaud, le visage de la compagnie des songes turbulents. S’attaquer au vernis social et dévoiler les dessous des relations humaines de la génération Y, voici le projet de Lepage, vu à travers le regard de Siaud.

Avec une distribution à faire rêver (Sophie Cadieux, Maxime Dénommée, Larissa Corriveau, Karine Gonthier-Hyndman, Francis Ducharme et Mickaël Gouin), on arrive avec des attentes devant cette scène apprêtée en un salon au look moderne et minimaliste. Les personnages rentrent l’un après l’autre, avec une frénésie dans le geste et la parole. Des amis venus fêter l’anniversaire de l’une des leurs, Caro, une dépressive pris dans un doctorat interminable et qui a de soudaines envies de détruire son appartement.

Cette envie de destruction traverse la pièce, mais n’arrive jamais à atteindre son paroxysme, car tout, des dialogues à la dynamique entre les comédiens, se reçoit à demi. On comprend tout de suite la superficialité de l’amitié qui unit les personnages qui ne se parlent jamais réellement et déversent leurs mots comme un monologue, en manque de vocabulaire. Florent Siaud a raison, c’est une partition et chacun la joue à merveille. Cette forme les cantonne cependant dans une mécanique dont il est difficile d’apercevoir les tensions latentes et l’animalité promises. La symphonie d’ensemble, on la perd de vue.

                                                                                           Crédit photo : Nicolas Descoteaux

Cette génération Y qui s’adonne à une fuite de soi et de l’autre amène avec elle l’idée de la catastrophe. Mais où est la transgression des limites? L’arrivée d’une jeune prostituée campée par Larissa Corriveau, qui ne dit pas grand chose durant l’heure que dure la pièce, n’a pas eu l’effet estompé. La provocation de son personnage est restée inexploitée et je me questionne toujours sur le fait de ne pas lui avoir donné la parole, car elle aurait pu être grandiose cette parole. Elle représente le regard indifférent posé sur ce petit groupe dysfonctionnel et elle se permet même d’en rire. Il y a eu un moment de bascule entre le rire et la claque qui a suivi, mais cet élan est vite retombé à plat, même si la prostituée incarne le bouc émissaire permettant de laisser libre cours aux pulsions inavouées. On salue la féroce Sophie Cadieux.

L’œuvre de Lepage pointe quelque chose, il ne fait aucun doute. Dans cette écriture très caricaturale apparaît le vide de nos tentatives d’indépendance, mais le côté comique caustique qu’on lui connaît n’arrive pas à transparaître totalement dans cette mise en scène. Les malaises et les confusions de ces personnes qui ne s’écoutent pas, qui ont du mal à bâtir quelque chose ensemble n’est pas venu avec l’émotion que ça aurait dû susciter, car il n’y a rien de plus triste. La solitude de notre condition.

Rose Carine Henriquez

Toccate et fugue d’Étienne Lepage est présentée au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 6 mai 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.