Le syndrome du club vidéo, c’est une chronique sur la nostalgie d’un passé pas si lointain où on pouvait passer des heures à choisir (ou s’obstiner, c’est selon) devant les étalages de films dans les clubs vidéo. Rose Normandin assume sa nostalgie et nous offre sa version de cette recherche si frustrante – et parfois si jouissive – sur internet.

Je raffole des films d’horreur. Plus que le simple fait d’épouvanter, un bon film d’horreur est celui qui me fait réfléchir, me confronte à mes angoisses et me donne l’occasion de prendre le dessus. C’est le film qui donne un visage de big bad aux sujets qui peuplent mes cauchemars et m’offre des personnages qui réussissent à le vaincre. Je déteste les films de torture, non pas à cause de la violence graphique, mais parce qu’ils finissent souvent mal. Ça me déprime. J’aime les films d’horreur porteurs d’espoir.

Ce qui m’amène à mon dernier coup de coeur. Film remarqué à Sundance en 2016, récipiendaire d’un BAFTA et d’un prix du London Critics Circle, Under the Shadow, du réalisateur iranien Babak Anvari, surprend par son amalgame de genre. Difficile de cerner son identité. Film d’horreur? Film d’auteur à saveur politique? Pamphlet féministe? Le réalisateur oscille d’un type à l’autre en tissant des liens naturels et nous raconte une fable inquiétante tout en dépeignant l’Iran de son enfance.

Le film ouvre sur l’angoisse. Dans un bureau, une femme voilée attend qu’on lui adresse la parole. Sa nervosité est palpable. On comprend qu’elle attend d’être réadmise à la faculté de médecine de l’université de Téhéran, suite au congé qu’elle a pris pour élever sa fille. Cette chose lui sera interdite, suite à son implication passée au sein de groupes politiques de gauche. Nous sommes dans les années 80. La montée de l’autoritarisme de la révolution culturelle dicte la vie des citoyens. L’Iran est en guerre contre l’Irak et subit ses bombardements. Les femmes sont dans l’obligation de porter le voile. Toute consommation de la culture occidentale est passible de coups de fouet. Téhéran devient la ligne de front du conflit.

Shideh est donc une femme déjà affaiblie. Une femme qui se demande de quoi sera fait son avenir. Et puis, pour rajouter à son trouble, son mari est déployé au front. Refusant de quitter Téhéran comme la plupart des gens, elle décide de rester en ville pour s’occuper seule de sa fille, Dorsa. Elle tient à reprendre un contrôle qu’on lui refuse. Débute alors une autre sorte d’angoisse…

La mythologie moyen-orientale nous parle du Djinn comme une créature voyageant par le vent et se nourrissant de la peur des gens. Il n’est pas surprenant de les trouver dans un pays en guerre. Commence donc la lente possession de l’appartement de Shideh et de Dorsa. Le génie du film repose non pas sur l’horreur (même s’il y a plusieurs moments à glacer le sang), mais sur le traitement des personnages (soulignons la performance de Narges Rashidi); la relation mère-fille, la volonté de Shideh d’être maîtresse chez elle, la pression qui s’accumule dans le petit appartement. Un peu à la manière du Babadook australien de Jennifer Kent, l’origine du mal dans Under the Shadow n’est pas si évidente. Sommes-nous en présence d’un véritable monstre mythologique ou est-ce que le stress de la guerre et de la déception ont fini par avoir raison de la santé mentale de la mère?

C’est un film pour les gens qui aiment le subtil, le délicat. C’est un film que l’on écoute du bout de notre siège. C’est un film qui nous fera redouter les rideaux qui battent au vent. Mais c’est aussi un film qui nous fait admirer les femmes fortes, debout devant l’adversité. Celles qui inculquent à leurs filles la volonté de ne répondre de personne d’autres que d’elles-mêmes. Quand j’ai fermé ma télévision, j’ai eu une pensée pour celles dont le combat dure plus de 90 minutes.

Rose Normandin

Under the Shadow est disponible sur Netflix.

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