Le syndrome du club vidéo, c’est une chronique sur la nostalgie d’un passé pas si lointain où on pouvait passer des heures à choisir (ou s’obstiner, c’est selon) devant les étalages de films dans les clubs vidéo. Rose Normandin assume sa nostalgie et nous offre sa version de cette recherche si frustrante – et parfois si jouissive – sur internet.

Je sais que se déplacer pour accomplir une tâche réalisable de chez soi aujourd’hui, c’est mal vu. Avec 2 jobs, 3 enfants, 35 000 amis, plus les détails d’entretien de la vie, on n’a pas le temps de perdre son temps. Peut-être est-ce mon côté sentimental ou parce que je me rebelle contre l’aspect ultra-organisé de ma vie ou peut-être est-ce simplement parce que je suis old school, mais j’aime garder le cérémonial autour de certaines choses. Plus souvent qu’autrement, je vais à la librairie ou chez mon disquaire plutôt que de simplement appuyer sur mon téléphone afin de faire apparaître magiquement mes livres et mes disques.

De simples produits de consommation, ils deviennent des événements spéciaux, des activités de célébrations, des moments où je me fais plaisir. De la même façon, même si je suis abonnée à un paquet de sites de streaming, je me réserve régulièrement du temps pour une petite marche avec mon fils jusqu’à notre Club Vidéo. Il se garoche dans la section jeunesse, pendant que je farfouille de mon côté et on finit au rack à bonbons. Le voir aller me ramène à ma propre enfance au Club Vidéo International de la rue St-Laurent, où on se louait cassettes et magnétoscope à la fois.

J’aime déambuler entre les étalages, traîner d’une pochette à l’autre, j’aime discuter avec les gens de l’endroit (de nature timide, je ne me lance pas dans de grandes discussions, mais il est agréable de partager sa passion avec des humains, et non pas uniquement des listes de suggestions élaborées à partir d’algorithmes).

Mon club vidéo est un irréductible. C’est son propriétaire, Luc Major, que vous risquez de retrouver derrière le comptoir. Pour que le commerce soit rentable, il doit effectuer la majorité des heures (sauf l’été où un deuxième emploi l’appelle ailleurs). Des trois succursales qu’il possédait, il n’a pu en garder qu’une seule, celle du 2210 Mont-Royal Est. Dans ce petit local, il conserve ce qui reste de ce qui était autrefois le deuxième plus grand catalogue de cinéma répertoire à Montréal (après la Boîte Noire). On a du choix, en plus d’avoir les nouveautés toutes fraîches.

Je vous entends déjà : « Oui, mais avec (insérez ici le nom de l’empire du mal qui vous fournit en services de télédistribution), je peux aussi louer des nouveauté sans sortir de chez moi! » Bien sûr, le club vidéo reste un peu plus cher que le streaming, mais l’impact du dollars est tellement plus important. On contribue à l’économie locale, on a une incidence sur la vie de quelqu’un et surtout on ne fait pas qu’engraisser les déjà gras. Et puis, les prix du Cinoche sont très bas.

Ma suggestion pour votre club vidéo

La semaine dernière, pendant que tout le monde se ruait sur Logan, j’ai plutôt opté pour Get Out (écrit et réalisé par Jordan Peele), film d’horreur avec un humour noir qui nous offre un commentaire moderne sur le racisme. La prémisse est simple ; un jeune afro-américain visite sa belle-famille blanche pour la première fois.

Le film ouvre avec une scène où un jeune homme (noir) cherche son chemin dans une banlieue cossue. Peele met la table de façon efficace. Au lendemain des assassinats de Philando Castile et d’Alton Sterling aux mains de policiers américains (deux cas parmi des dizaines d’autres), il est difficile pour le spectateur de ne pas craindre le pire. Le pire arrive, le ton est donné.

Le scénario classique du film (voire presque cliché) fait l’exercice de substituer l’afro-américain à la jeune vierge innocente. Le résultat est un commentaire intelligent sur le racisme systémique souvent insidieux qui a lieu chez nos voisins du sud tout comme chez nous.

Si sa distribution est étonnante avec Bradley Whitford, Catherine Keener, Allison Williams et LilRel Howery (qui sait livrer admirablement les punchs d’un humour plutôt juvénile), c’est la performance de Daniel Kaluuya qui est admirable. Définitivement un acteur à surveiller, il transforme une partition simple en prestation surprenante.

Get Out ne brise pas les frontières du genre, mais il sert un hommage réussi et les cinéphiles friands d’horreur pourront s’amuser à identifier les clins d’œil (ne serait-ce qu’avec la conception sonore de Michael Abels). Et pour ceux qui ont l’angoisse facile, c’est un film qui ménage son public, en l’effrayant sans le brutaliser.

Que restera-t-il?

L’été passé, le club vidéo où j’ai travaillé adolescente a fermé ses portes. Adieu, l’odeur de popcorn et d’eau de javel. Adieu, vieux comptoir de mélamine et enseigne jaune fluo. Adieu fantôme de mes années passées. Je sais bien qu’un jour pas si loin, Le Cinoche connaîtra un sort semblable, mais je ne peux m’empêcher de nourrir l’espoir que, à l’instar des vinyles, les nostalgiques, sentimentales, puristes ou réactionnaires (appelez-les comme vous voudrez) garderont ce petit commerce ouvert encore longtemps.

Et puis, oui, ramener les films peut être un peu fastidieux, mais quelle belle excuse pour s’en louer d’autres!

– Rose Normandin

Get Out de Jordan Peele est disponible en blu-ray et en dvd chez Le Cinoche au 2210, av. du Mont-Royal Est.

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