Crédit photo : Claus Grünstäudl

Le syndrome du club vidéo, c’est une chronique sur la nostalgie d’un passé pas si lointain où on pouvait passer des heures à choisir (ou s’obstiner, c’est selon) devant les étalages de films dans les clubs vidéo. Rose Normandin assume sa nostalgie et nous offre sa version de cette recherche si frustrante – et parfois si jouissive – sur internet.

Je voulais vous proposer ces films avec le début de l’été pour être de bon ton avec les festivals musicaux de notre belle province. Malheureusement, la vie a eu raison de mes belles ambitions et je reviens à cette chronique alors que le beau temps fait tranquillement ses valises.

Voici trois documentaires sur des musiciennes mythiques, qui nous exposent les femmes qu’elles étaient, leur passion incandescente, leur besoin insatiable d’exultation, leur solitude et leur destin tragique. Trois beaux documentaires disponibles sur Netflix pour célébrer l’apport de femmes d’exceptions au paysage musical. Du beau et du bon pour les oreilles et pour le cœur.

Amy, (2015) d’Asif Kapadia

Quand Amy Winehouse est arrivée sur la scène musicale, le public a été charmé par sa voix, par sa plume et par les mélanges intéressants qu’elle faisait avec le jazz, le soul et le hip hop. Son talent était indéniable, mais ses frasques publiques l’emportaient sur l’art plus souvent qu’autrement. Les phrases comme « As-tu vu le vidéo d’Amy ben gelée avec ses bébés rats? » ou « As-tu vu le vidéo d’Amy qui punch un spectateur? » devenaient plus fréquentes que « As-tu entendu la nouvelle toune d’Amy Winehouse? ».

La proposition d’Asif Kapadia (Senna) est simple et ambitieuse: dresser un portrait intime de la chanteuse à l’aide de films d’archives publiques et personnelles jumelés aux témoignages de proches. De cette façon, le réalisateur dresse un portrait juste et nuancé de l’artiste en se servant du médium qui l’a aliénée. On découvre une chanteuse exigeante, travaillant d’arrache-pied pour arriver à un résultat qui lui plaise. On la découvre naïve, pleine de candeur face à son rêve de chanter du jazz pour le reste de ses jours, devant des salles vides, s’il le faut. Puis, sa surprise devant sa popularité foudroyante, la pression de livrer toujours plus de tubes, l’ingérence de son père, ses amours torturés, l’apparition de la dépendance.

Amy est une biographie, mais surtout l’analyse de ce que la pression de l’oeil du public peut faire subir à un artiste. Le drame d’Amy Winehouse s’est joué plus d’une fois, dans plus d’une carrière, et le génie de Kapadia lui permet de nous montrer ce drame de l’intérieur. Le film nous replonge dans la descente aux enfers de la chanteuse. Qu’on aime sa musique ou non, Amy est un documentaire intelligent qui nous fait prendre la pleine mesure de la voracité de l’industrie.

What Happened Miss Simone? (2015), de Liz Garbus

Si Nina Simone livre un combat différent de celui d’Amy Winehouse, elles ont partagé la même désillusion devant le succès. Le documentaire de Liz Garbus (Bobby Fischer Against the World), traite du déchirement de l’artiste entre assouvir les demandes liées à sa popularité et la volonté de satisfaire ses besoins créatifs.

Bien sûr, Simone porte les stigmates du sexisme en plus de porter ceux du racisme. Elle est de ces artistes qui croient qu’il est de son devoir de porter une parole salvatrice du monde. Si on sent l’admiration de Garbus pour Simone, elle n’essaie toutefois pas de camoufler les défauts de la musicienne. Elle fait un portrait parfois dur de son sujet, révélant une personnalité presque narcissique, certainement mégalomane, incapable de trouver le juste milieu entre ses aspirations musicales, son activisme au sein du mouvement des droits civiques, sa vie de famille et sa santé mentale. Un documentaire confirmant la grandeur d’un monument historique, tout en révélant la fragilité de l’être humain derrière.

Janis : Little Girl Blue (2015), d’Amy Berg

Janis :Little Girl Blue présente la chanteuse comme un véritable esprit libre. L’innocence qui essaie de trouver sa place. Incapable de se conformer aux attentes de la société, et ce, dès un très jeune âge, c’est à travers la musique qu’elle s’épanouit. Le portrait de la musicienne devient en quelque sorte l’observation de tout un courant musical créé par des marginaux, qui viendront révolutionner l’histoire du rock.

À l’aide de lettres rédigées par Joplin et lues par Chan Marshall (alias Cat Power), Amy Berg (Deliver Us from Evil, West of Memphis) s’intéresse à l’univers intérieur de la chanteuse davantage qu’à la recension des événements marquants de sa carrière. Si cette narration peut sembler étrange au début, elle crée rapidement un lien direct avec la chanteuse donnant une résonance personnelle aux événements publics que nous connaissons aujourd’hui. Ainsi, c’est sa soif de trouver sa place, son besoin d’être acceptée dans sa marginalité, son rêve d’être heureuse en amour et sa solitude constante qui prennent l’avant plan. En plus de sa vision de la musique, on admire l’artiste pour sa ténacité, son unicité, son entièreté.

À l’image de la voix de Janis Joplin, c’est un film qui arrive à jumeler force et douceur pour toucher le spectateur et le forcer à reprendre contact avec son humanité.

Rose Normandin

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :