Célèbre pour ses relectures des grands classiques du ballet, Dada Masilo présentait Swan Lake à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts les 14, 15 et 16 janvier 2016. La chorégraphe et danseuse sud-africaine propose un spectacle audacieux, dont l’énergie fougueuse et puissante charme le spectateur dès les premiers pas de danse.

Elle en rêvait depuis ses onze ans : danser le Lac des cygnes. Quelque dix-neuf ans plus tard, Dada Masilo livre à Montréal, une version subversive de ce classique. Le premier acte nous indique sans détour une notion primordiale de ce spectacle : la chorégraphe désire sortir le spectateur de sa zone de confort et le libérer de ses connaissances acquises de la version classique de ce ballet.

C’est par l’entremise d’une maîtresse de cérémonie, débordante d’enthousiasme, que Dada Masilo donne le ton au spectacle. Comme une surprise sortie d’une boîte de Cracker Jack, la narratrice nous surprend par son humour et par son monologue qui explique qu’il ne s’agira pas ici d’un ballet traditionnel où il est habituellement question d’une histoire d’amour entre une ballerine modèle et un prince charmant tout aussi délicieux qu’elle. Swan Lake va ailleurs, dépoussière les conventions, actualise les enjeux.  Là se loge la force de la chorégraphe : elle réinterprète, elle déjoue, elle façonne, elle amène l’œuvre plus loin. Ainsi, elle évoque le droit à l’homosexualité, l’égalité entre les hommes et les femmes et les ravages de la ségrégation.

Dada Masilo réussit avec finesse à marier ballet classique et danse africaine. Autant la fluidité et l’élégance sont conservées dans les gestes des danseurs, autant les pieds frappent le sol, les voix se font entendre par des cris et des chants youyous et les mouvements se font plus charnels. Les tutus et les crêtes de plumes blanches sont magnifiés et habillent les danseuses comme les danseurs. Les tutus sont d’ailleurs un élément central des chorégraphies, ils ondulent sur les hanches, et celles-ci deviennent gracieuses, sensuelles, séductrices.

Siegfried est amoureux

Tout au long de cette œuvre, Siegfried, personnage central de Swan Lake, éblouit par sa candeur et par sa présence émouvante sur scène. Il incarne la sincérité, le non-conformisme, la pureté de l’âme. Même si ce Lac des cygnes est revisité, l’essence de l’œuvre demeure une ode à l’amour. Siegfried est amoureux d’un autre homme. Cet état de fait n’est accepté ni par ses parents, qui souhaitent pour lui une union avec la belle Odette ni par la société, car tous deux le sermonnent, jugent cette union contre nature et refusent de consentir à son amour pour Odile. Cette histoire, racontée par Dada Masilo, est le récit de l’authenticité de Siegfried, aussi forte que la vie, qui mènera ce prince au bout de ses convictions et au bout de son amour pour son bien-aimé, et ce, au prix de sa vie.

Le dernier acte de cette œuvre, où Odette et Odile dansent vêtus de longues jupes noires funèbres, torses nus, sur la pièce musicale Für Alina de Arvo Pärt, est d’une rare beauté esthétique. Ils sont rejoints par les autres danseurs, où tous, tour à tour, sont portés par une gestuelle empreinte de douceur et d’une poésie grandiose dans l’expression de ce désarroi amoureux, aussi triste que beau. Cette dernière scène laisse le spectateur ému et bouleversé. Y a-t-il de la vie là où il n’y a pas d’amour ? Poser la question, c’est y répondre, bien certainement.

Marie-Paule Primeau

Swan Lake était présenté les 14, 15 et 16 janvier derniers à la salle Wilfrid-Pelletier. Pour plus d’informations, c’est ici.