Pour clore la 20e saison de Danse Danse, Sidi Larbi Cherkaoui présente pour la deuxième fois à Montréal Sutra, spectacle aérien où les danseurs sont les héritiers d’un savoir millénaire chinois, le kung-fu. Présenté au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts jusqu’au 9 mai prochain, il faut voir (ou revoir) Sutra, un spectacle qui exporte le talent des moines bouddhistes, talent au seuil de la perfection.

En avant-scène se trouve Sidi Larbi Cherkaoui et un enfant, l’un enseignant à l’autre une technique précieuse. Avec son doigt, Cherkaoui dessine dans les airs un enchaînement de figures précises qu’imitera en grandeur nature un moine bouddhiste, tranchant l’air de sa lance selon les règles de l’art martial. On ne sait pas encore que 18 autres moines bouddhistes se cachent sur scène : tapis dans les boîtes de bois, ils se découvrent un à un, sortant de la noirceur comme d’une période d’incubation.

L’enfant est curieux, veut vite imiter ces frères bouddhistes. Peu à peu, les moines de Shaolin révèlent leurs talents d’athlètes, prenant le dessus sur leur maître qui lui se voit désoeuvré, esseulé. Deux « mondes » s’opposent ; quand les moines composent avec l’exiguïté des boîtes, Cherkaoui tente de l’apprivoiser, de composer quelque chose. Sa danse n’est pas celle des moines : elle est ronde, fluide, improvisée et tout aussi touchante.

Les boîtes conçues par Antony Gormley investissent l’espace en remodelant la scène à mesure des déplacements des artistes. La disposition des boîtes de bois permet des effets de profondeur, de hauteur, donnant à voir une scénographie à la fois vide et pleine. Les boîtes permettent à la fois de dissimuler les danseurs, allant même jusqu’à avaler leurs présences, puis emplissent la scène par leur imposante carrure, se juxtaposent, quadrillent la scène.


Un effet de surprise est maintenu ; les moines surgissent, émergent de part et d’autre pour effectuer leurs chorégraphies parfaites, aériennes. L’enfant apparaît quand on ne l’attend pas ; les moines passent d’habit gris au noir comme en un tour de magie. Le spectacle se révèle à nous, se déploie, devance nos attentes.

Les combats chorégraphiés montrent les techniques de l’art martial : à voir leur force et leur rapidité de mouvement, les moines de Shaolin peuvent certainement tuer, pourtant, ils arrivent à flotter dans les airs comme des plumes, silencieux, légers. Et c’est ce qui reste de ce spectacle : une impression d’un tout aérien, malgré les scènes de combat, la discorde entre le maître d’oeuvre et les moines, malgré la rudesse et les bruits de tonnerre produit par la chute des boîtes.

Sutra donne à voir un espace où les paysages sont à la fois plats et texturés, profonds et linéaires. On s’incline devant tant de justesse et de vérité dans le geste, où la maîtrise du sport de combat est belle à pleurer.

– Léa Rouleau

Sutra, Sadler’s Wells, Sidi Larbi Cherkaoui, jusqu’au 9 mai au Théâtre Maisonneuve. Pour toutes les informations, c’est ici.

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