Photo : TESLA : LUMIÈRE MONDIALE

Les Sommets du cinéma d’animation ont accueilli pour leur 16e édition une sélection haute en couleur provenant de l’Office national du film (ONF) du 22 au 26 novembre. Nous avons eu la chance de découvrir 11 films, pour la plupart en avant-première canadienne, québécoise ou montréalaise. Retour.

Le film de Keyu Chen, Un printemps, a ouvert le festival tout en douceur et tout en poésie. C’est dans un univers noir et blanc très épuré, inspiré de la technique à l’encre de Chine aux traits fins et raffinés, que nous transporte la réalisatrice. Sur de la musique classique, nous suivons pendant six minutes l’évolution d’une jeune fille qui vit auprès de sa tendre grand-mère.

Choisir de partir, ou de rester, c’est une question intime chargée de sentiments qui s’étire le long de l’œuvre. Sans paroles et riche de plusieurs métaphores sur le parcours de la vie, ce court-métrage émeut par sa délicatesse et son message touchant.

Catégorie internationale

Commençons par notre déception dans cette catégorie : La femme canon d’Albertine Zullo et David Toutevoix. Avec un court-métrage en stop motion très coloré, les réalisateurs arrivent à nous mener dans un univers un univers qui intrigue, et qui fait même sourire. Les deux personnages principaux, Madeleine et son mari, essaient de pimenter la routine de leur couple et vivent, ensemble et séparément, des aventures. Malgré quelques moments sympathiques et de belles couleurs, il a été difficile d’entrer dans l’univers de l’oeuvre.

Nous avons reçu les films Mon yiddish papi et Rubans, qui affichent la même douceur que Un printemps. Le premier est un récit poétique où le lien entre un grand-père décédé et sa petite fille pleine de regrets renaît à travers le dessin. L’encre illustre les propos de l’artiste et reste légère, simple et proche de la réalité. Récit historique qui raconte un pan de la Deuxième Guerre mondiale, la réalisatrice parle de l’amour familial, mais aussi du devoir de mémoire et de transmission.

Rubans, réalisé par Torill Kove, nous mène au cœur d’une relation mère-fille au fil des années. Dans l’intimité de cet amour, le ruban qui lie les deux femmes ne cesse de s’étendre jusqu’à finir dans le cœur de l’une et de l’autre, vivant leur amour éternel à distance. Un court-métrage simple et poétique, qui met les larmes aux yeux.

Notre coup de cœur de la catégorie internationale : le court-métrage Charles de Dominic Étienne Simard. Délaissé par une mère malade et jugé par les autres enfants de l’école, Charles est un jeune garçon très différent du reste du monde. Pour s’en sortir, il s’invente un monde imaginaire où des grenouilles le soutiennent dans son quotidien. Le réalisateur joue sur les contrastes entre des lieux sombres, lugubres, très « photographiques » et des personnages aux corps blancs, aux traits simplistes, mais efficaces. Sans parole, le court-métrage maintient l’attention du spectateur, qui risque de s’attacher à la singularité du monde de Charles. Un court-métrage très touchant qui sort vraiment du lot, tant par sa technique que par sa trame narrative, à la fois imaginaire et réelle.

Panorama

Dans la catégorie Panorama, nous avons découvert des univers bien différents, allant de l’art haïda au cinéma expérimental, en passant par le dessin classique. TESLA : LUMIÈRE MONDIALE de Matthew Rankin et Deyzangeroo de Ehsan Gharib sont les deux courts-métrages qui nous ont le moins plu dans cette catégorie.

TESLA : LUMIÈRE MONDIALE raconte le récit tragique de Nikola Tesla à travers le documentaire et le cinéma expérimental. Ce sont des effets psychédéliques et électrisants qui sont jetés à l’œil du spectateur, qui se perd dans l’histoire de l’homme et a donc du mal à l’apprécier.

Deyzangeroo, lui, évoque le rituel de la lune de façon très abstraite. Le réalisateur utilise trois techniques : la peinture, la photographie à intervalle et la photographie truquée grâce à des miroirs. Ainsi, les techniques s’enchaînent, se construisent et se déconstruisent au rythme de la percussion envoûtante. Ce sont seulement des bribes d’images subliminales qui nous parviennent et qui nous font malheureusement perdre le fil.

Les deux films arborent des techniques très particulières et très riches. Cependant, difficile de ne pas se perdre dans la trame narrative, ce qui ne nous empêche pas d’admirer le travail ambitieux et original des deux artistes. Nous souhaitons partager avec vous celui qui nous a fait rire ainsi que celui qui a nous fait rêver. Manivald de Chintis Lundgren mêle situations loufoques et réalités crues. Il livre à partir de son drôle de personnage la difficulté des liens affectueux et les questionnements sur le but de la vie. Son personnage, c’est Manivald, un renard de 33 ans, qui, malgré ses nombreux diplômes, reste chez sa mère, sans travail et sans envie. La dépendance mutuelle des deux protagonistes est adorable et devient absurde lors de l’arrivée d’un réparateur sexy Toomas, qui plait tant au personnage principal qu’à sa mère. Dans un humour malsain, mais bien dosé, le court-métrage nous fait rire et nous ramène au questionnement sur le devenir, sur les liens familiaux et sur la liberté.

La montagne de SGaana s’inspire de l’art haïda et du monde des esprits. Dans une esthétique très élaborée, très détaillée et envoûtante où le conte s’imprime dans des cases d’art, l’artiste nous fait littéralement plonger dans cet univers. C’est l’histoire d’un jeune pêcheur qui s’adresse à une petite souris qui se met à lui raconter une histoire, au fil de son tricotage. Conte fantastique et poétique, l’oeuvre est une douceur onirique qui fait sourire et émerveille par ses couleurs et la beauté de l’art traditionnel du réalisateur.

Jeunesse

Seul film de l’ONF dans la section jeunesse, La maison du hérisson d’Éva Cvijanović nous a charmé par son message, sa technique et sa poésie. Dans une merveilleuse forêt, un jeune hérisson est très attaché à sa maison et ça attire les plus curieux, qui ne comprennent pas cette réaction. La réalisatrice construit tout un univers, où décors et personnages sont façonnés en feutre aiguilleté, pour un court-métrage réalisé image par image. Intemporel, ce film parle aux plus petits comme aux plus grands de l’intérêt de se construire un abri, un espace de confort, peu importe sa situation ou sa taille. La maison du hérisson est un conte touchant où les personnages parlent en rimes et où les décors et les situations interpellent. On comprend mieux pourquoi ce film a été sélectionné tant de fois!

C’est le film WALL de David Hare qui a clôt le festival. En utilisant des outils d’animation sophistiqués, ainsi que des techniques de 3D motion-capture footage, l’artiste nous raconte son périple documentaire au Moyen-Orient. Pendant 80 minutes, ce sont des scènes captivantes et très enrichissantes qui se dévoilent à nous, entre Israël et la Palestine. C’est un film sociopolitique tranchant et éducatif qui est livré au public et qui questionne sur la construction d’un mur et ses effets, à court et long terme, sur les territoires et leur population.

Léa Villalba

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