Invité au festival Sight + Sound qui se déroule sous le thème « Hyperlocal » jusqu’à dimanche, l’artiste finlandais Marko Timlin a présenté, vendredi soir dernier, un instrument de musique de son cru : la Sound-Disk-Machine. Composé de pièces d’électronique – on reconnaît d’emblée les ventilateurs d’ordinateur et les disques durs – et de phototransistors, de filtres analogiques et d’un boîtier de contrôle fait sur mesure, l’instrument tire sa musique de la lumière qui est captée et convertie en sons. Lampe de poche à la main, Timlin joue donc ses œuvres en direct, aidé de diverses sources lumineuses, de la fluctuation de la vitesse de rotation des ventilateurs et des possibilités que lui offrent les caractéristiques inhérentes aux éléments matériels qui composent l’instrument.

Pour un observateur extérieur, l’entreprise paraît complexe. Que doit-on regarder au juste? Les mains de Timlin, qui manipulent l’instrument, ou les jeux lumineux qui résultent de ses manipulations et qui sont projetés sur le mur? Et si le principal objet de la performance était le son qui remplit peu à peu la salle et enrobe les spectateurs? La musique rappelle d’abord les vibrations dont elle résulte par sa texture un peu rêche. La nature électronique de celle-ci saute aux yeux (ou plutôt, aux oreilles) : on ne peut nier sa filiation avec l’ordinateur, elle qui découle directement d’un assemblage de ses pièces. Les harmoniques sont amplifiées et donnent une profondeur, de même qu’une grande subtilité, au son. Il y a là, en définitive, matière à envoûtement.

L’artiste derrière son instrument joue, performe et accompagne la musique de ses mouvements. La lumière qu’il tient à la main y est pour beaucoup : c’est lui qui contrôle, au gré de son inspiration, les faisceaux lumineux auxquels carbure la Sound-Disk-Machine. De pianissimo, la musique s’élève de plus en plus forte, de plus en plus intense jusqu’à être omniprésente; les spectateurs, curieux, se penchent, tentent de déceler le secret derrière cette machine capable de produire sur demande de longues notes soutenues, vibrantes, presque chaleureuses. C’est là la beauté de la Sound-Disk-Machine : malgré son origine électronique, le son, par sa texture mais également par le sens qu’y insuffle l’artiste, se rapproche de l’humain, le touche, le porte, l’émeut, bref, lui communique son énergie.

Ce n’est pas un hasard si la démarche de Marko Timlin s’inscrit dans une perspective plus large de cohabitation entre l’humain et la machine. Avec la Sound-Disk-Machine, Timlin prouve que l’un et l’autre peuvent s’associer pour créer des œuvres – et des accomplissements – qui les transcendent.

Chloé Leduc-Bélanger

Pour en savoir plus sur la démarche de Marko Timlin, visitez son site web.

Pour la programmation complète du festival Sight + Sound à l’Eastern Bloc, c’est ici.