Après des études dans divers champs artistiques comme la danse, le théâtre et la photographie, Marcos Morau crée en 2005, La Veronal, compagnie multidisplinaire qui est montée sur scène avec seize spectacles en onze ans. Encore une fois, Marcos Morau surprend son public avec son dernier spectacle, Siena. Désireux d’évoquer le corps et ses enjeux, notamment en art, le chorégraphe livre une création intrigante qui laisse ébaubi.

Le rideau s’ouvre. Dans un décor de musée réaliste, une jeune femme contemple La Vénus d’Urbino du Titien alors que le gardien l’observe elle. Plusieurs narrations s’en suivent et questionnent la représentation du corps dans l’art, sa symbolique et son impact sur la société.

La chorégraphie s’immisce peu à peu dans le décor et offre une gestuelle robotique au départ. Les danseurs semblent ne pas respirer et, sur un rythme rapide et saccadé, accordent leurs mouvements dans des angles et combinaisons intéressants. Après des contrepoints chorégraphiques et visuels intéressants, on entre dans les unissons et ceux-ci captivent et créent des formes angulaires et originales. Les interprètes maîtrisent les segments de leur corps à la perfection et semblent désordonnés, cassés, toujours désorientés.

Durant toute la création, c’est l’histoire de l’art qui est mise en avant et constamment questionnée. Cela transparaît notamment dans la gestuelle et les poses que prennent les danseurs, sortis tout droit de tableaux mythiques de l’histoire. De La Création d’Adam à La Piéta de Michel-Ange en passant par Gabrielle d’Estrées et une de ses sœurs, la pièce se veut un tableau vivant qui fait naître l’art de la Renaissance.

Malgré quelques redondances dans la dynamique, deux moments chorégraphiques ont été notables. Un duo nous a fascinés par sa précision et son originalité : les deux interprètes, debout, l’une derrière l’autre, jouent sur les formes et les multiples possibilités offertes à travers l’unique travail de bras et de mains, dans les différents angles et ce, sur un rythme effréné. Un autre duo a retenu notre attention par sa qualité visuelle et esthétique. Une femme jambes nues, une autre torse nu, s’emmêlent et s’entrelacent pour construire et déconstruire le corps nu d’une seule femme.

Malgré son envie de parler du corps et son immense recherche esthétique et historique, ce n’est pas cet aspect-là qui nous a le plus marqué, mais bien l’atmosphère angoissante de sa pièce.

De la réflexion au cauchemar

Dans Siena, ce qui marque, c’est l’ambiance générale, c’est l’atmosphère lourde, parfois terrifiante, qui règne. Dès le départ, les basses musicales créent ce climat. Par la suite, la narration, quasi constante, se rajoute et débite des histoires qui semblent tout droit sorties d’un thriller. La scène ressemble alors un film, entre absurdité et cauchemar. Ajouté à cela, on a droit tout le long à des applaudissements, des rires de sitcom, des cris et autres bruits stridents et angoissants qui englobent la pièce.

Dans cette œuvre d’art animé, les interprètes jouent aussi leur rôle. Ils ont peur, ils trébuchent et le répètent plusieurs fois pendant l’heure, qui vire peu à peu au cauchemar. La narration devient de plus en plus absurde et se répète. Les flashs de lumière rouge teintent la pièce et surprennent. Le brancard devient l’élément récurrent et l’évocation de la mort se fait plus grande. La pièce parle d’accident, de traumatisme et plonge les spectateurs dans une peur, de plus en plus gênante.

Une aveugle et une ombre semblent s’apprivoiser et concluent la pièce en saluant la foule, comme dans un film d’horreur. Comme dans Nocturnes, chorégraphié pour les 7 doigts, Marcos Morau s’amuse entre le rêve et la réalité, mais cette fois-ci ne nous laisse pas penseurs et contemplatifs. Au contraire. La pièce semble trop en vouloir et trop en donner et devient quasiment asphyxiante pour le spectateur qui reste bouche bée, certes, mais pour la mauvaise raison.

Léa Villalba

Siena de La Veronal, du 8 au 10 février 2018 au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Pour toutes les informations, c’est ici.

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