Entre l’artiste multidisciplinaire Brigitte Poupart, fondatrice de Transthéâtre, et le danseur, chorégraphe Dave St-Pierre (Pornographie des âmes, Un peu de tendresse bordel de merde!), il existe un lien d’amitié né d’un coup de foudre professionnel, d’une ligne de création intègre. Devant le fait inévitable d’une double greffe des poumons, désagrément dû à la fibrose kystique, Dave St-Pierre a voulu, à l’aide de sa soul sister, laisser une trace et signer un pacte. Devant la force créatrice des deux âmes ainsi que la maladie, il était inévitable que le documentaire, capté durant l’attente de la greffe, projetterait une urgence de vivre, un absolu dramatique et puissant.

Rencontrée lors de l’entrevue qu’elle donnait à notre émission sur les ondes de CISM, le 24 février dernier, Brigitte Poupart a su expliquer l’idée de départ. «C’est une demande de Dave. Il ne voulait pas de greffe. Mais à un certain moment, c’est devenu inévitable. Il m’a avoué : « J’aimerais ça filmer le moment où le médecin m’appelle pour m’annoncer qu’il y a un donneur. Mais surtout le fameux deux heures où je dois me rendre à l’hôpital. Tout peut se passer dans ces deux heures-là, ça peut être les dernières de ma vie. » On s’est imaginé toutes sortes de scénarios. Je lui ai proposé qu’on se mette à filmer tout de suite, dans l’attente de la greffe. Ce que je ne pouvais soupçonner, c’est que ça allait prendre 1 an et demi avant qu’on trouve un premier donneur. »

Entre le rôle de réalisatrice et d’amie intime, la frontière se devait d’être bien tracée. « Le pacte avec Dave me forçait à être derrière la caméra. Elle était allumée presque tout le temps. C’est sûr que ça crée une distance, mais c’est le personnage que je devais jouer. C’était le parti pris et c’était coûte que coûte! Il fallait que je tienne la caméra jusqu’au bout. »

Devant la lentille, Dave St-Pierre se veut conscient. Il nous offre son corps, son état, mais au niveau des émotions, de l’angoisse, de la peur, il se retient d’exploser et de trop les exposer. Pas de trace de sensationnalisme à outrance, démontrant ainsi que le corps nu n’est rien en comparaison à une âme nue même dans la retenue. L’un des points forts du film est justement à ce niveau. Ne pas tomber dans le piège de la crise de larmes, laisser le spectateur comprendre, sentir, être dans l’urgence, dans le vrai, rester alerte à la pudeur et au respect.

Pour ce premier opus cinématographique, Brigitte Poupart savait où aller. « J’avais d’abord l’idée très précise que le film devait se terminer aux portes du bloc opératoire. Pas d’après. Je savais aussi que je voulais avoir de l’animation graphique sur les images. Je voulais apporter une touche plus théâtrale, à l’image du chorégraphe, du danseur aussi, afin de sortir de ce réalisme très cru. » Afin de réaliser ses idées, elle a fait appel à Jean Ranger, créateur du premier film immersif projeté dans le dôme de la SAT, qui apporte le rythme ainsi que les touches d’infographie qui parcourent le film.

Le son a une importance capitale. La réalisatrice a demandé à Sylvain Bellemare, souvent attitré aux œuvres de Denis Villeneuve et Philippe Falardeau, de le construire comme un personnage à part entière. « Il a vu toutes mes pièces de théâtre… donc il connaissait ma sensibilité et il voulait explorer le son de façon théâtrale. » Toujours du côté sonore, la trame musicale est signée Misteur Valaire, pour qui Brigitte Poupart a tenu le rôle de metteur en scène pour leur spectacle d’il y a deux ans.

La finalisation a été confiée à l’équipe de PRIM, un pivot pour les arts médiatiques qui aide les œuvres indépendantes depuis 30 ans. « C’est un centre formidable que je recommande à tous les jeunes cinéastes indépendants. Ce sont des gens de cœur : j’ai vraiment senti que je n’étais pas juste un numéro sur la liste. J’étais plutôt un projet important pour eux.»

Over My Dead Body n’est pas seulement une œuvre sur Dave St-Pierre. « Le don d’organe est très abstrait. On attend parler par-ci par-là de gens qui sont sur des listes d’attente, mais on ne sait pas vraiment ce que ça veut dire. J’ai été très confrontée à ça… S’il n’y avait pas de donneur, c’était terminé pour Dave. C’est pourquoi je ne voulais pas montrer l’après de l’opération. L’avenir est plutôt représenté par le docteur. Après nous, après l’histoire de Dave, il continue à greffer des gens et il est toujours en attente de donneurs, un paget sur lui à tout moment. J’ai un respect et une admiration assez incroyable pour ces gens-là. Signez votre carte! »

Le film est présenté dans une seule salle à Montréal. Merci cinéma Excentris! Ainsi qu’au Clap de Québec. Oh que oui! Les critiques sont dithyrambiques et avec raison, on espère qu’il sera vu par le plus grand nombre de gens possible. Bravo Brigitte Poupart!

-Julie Lampron

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à aller sur le site du distributeur : Les films du 3 mars.

La chanson du générique de fermeture, par Misteur Valaire en collaboration avec Alexandre Désilets, est disponible ici : www.overmydeadbody.mv.mu.