C’est après plus de vingt ans d’absence que la célèbre compagnie de danse, Nederlands Dans Theather (NDT), présente un triptyque du 1er au 5 novembre au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Événement phare de la programmation d’automne de Danse Danse, les chorégraphes Sol León et Paul Lightfoot offrent aux Montréalais deux pièces de leur cru, Sehnsucht et Stop-Motion et une pièce de la chorégraphe canadienne Crystal Pite, In the Event.  Trois œuvres qui s’imbriquent l’une dans l’autre, décuplant ainsi l’intensité du propos, celui de la perte et de la bienveillance.

Sublimée par la musique de Beethoven et s’ouvrant sur une esthétique moderne de par les choix scénographiques, Sehnsucht constitue une œuvre miroir. D’un côté, un couple entremêle des mouvements statiques et une gestuelle liée à la vie amoureuse dans un cube suspendu au-dessus de la scène qui tourne sur lui-même telles les aiguilles d’une horloge, oscillant entre le présent, le passé et l’avenir. Un langage physique intimiste qui évoque le désir, la langueur et le déchirement amoureux : entrelacements, reculs, étreintes, portés plein de tendresse. De l’autre côté, treize danseurs évoluent sur scène, dont le puissant et magnétique, Prince Credell. À lui seul, il traduit la solitude d’une union brisée par des pas lancinants, des positions figées, des élans suivis de replis sur soi. Ainsi, les interprètes incarnent la profondeur des sentiments de deux êtres qui se sont aimés puis désunis.

In the Event, la deuxième partie de ce programme triple, Crystal Pite monte l’intensité d’un cran. Par des costumes noirs, une musique omniprésente, des jeux d’ombre, une chorégraphie complexe aux techniques parfaitement exécutés, cette pièce est d’une très grande puissance dramatique. Tragédie et beauté s’enchevêtrent, décriant l’amour vécu et la douleur ressentie face à un deuil. Sur la scène, un danseur est bouleversé et pleure la perte d’un être cher. Parfois douceur, parfois tristesse, le tumulte intérieur est représenté par un ensemble de pas et de figures, façonnant des ondulations telles des vagues à l’âme remplis d’effondrements et de résilience. La parfaite fluidité dans les mouvements de chaque danseur participe à créer un tableau chorégraphique poignant. Ces ondulations et ces effets atmosphériques rappellent le tableau de Jean-Paul Riopelle, L’hommage à Rosa Luxemburg, où les oies en mouvement représentent le choc émotif du deuil.

Le dernier segment du spectacle, mais non le moindre, Stop-Motion, est d’une rare beauté esthétique. Sept danseurs habillés en blanc, dans un décor blanc et noir minimaliste où une vidéo est projetée d’une jeune fille au regard fermé et triste, évoquent l’évanescence de la vie. Une poudre blanche aussi fine que de la poussière déposée sur la scène contribue à cette trame narrative de la transformation, du temps qui passe, de la finalité et du recommencement. La musique aux accents mélancoliques de Max Richter accentue le lyrisme de cette chorégraphie. De plus, une danseuse habillée d’une robe noire majestueuse à longue traine symbolise également les adieux inévitables auxquels tous les êtres humains sont confrontés.

Œuvre dense, c’est tout en finesse et avec une profonde humanité que les chorégraphes ont conçu des pièces qui, par une gestuelle et des portés empreints de douceur et de compassion, subjuguent par leur puissance poétique. La vie nous fait parfois des cadeaux que l’on accueille les bras grands ouverts et les sens en extase.

Marie-Paule Primeau

Sehnsucht + In the Event + Stop-Motion, de la compagnie NDT, est présenté par Danse Danse au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts jusqu’au 5 novembre 2016.