Le premier roman de Lily Pinsonneault est arrivé dans ma boîte aux lettres, inattendu, le mardi de la tempête du siècle (j’ai décidé ça). Un peu comme Joseph dans la vie de Jolen, qui lui a envoyé un message Facebook sans queue ni tête un mardi soir. Après 5 ans de silence radio sur une relation semi-sympathique d’amis d’amis. C’est la prémisse de l’excellent Sauf que j’ai rien dit, que j’ai dévoré d’une traite. Pour vrai, pas de cliché.

Jolen vit seule. Prise entre son emploi de bureau et son ennui, elle se lance carrément sur la perche que lui lance Joseph ce soir-là.

Minouche, il faut que tu m’aides.»

Cette simple phrase incongrue de la part d’un gars qu’elle n’a pas croisé depuis 5 ans sera le prétexte à un début de correspondance enlevant. Fans d’absurde, les deux personnages se lancent, se relancent, se provoquent, se font rire, deviennent presque dépendants de leur petit jeu textuel. Bien vite, Jolen devient totalement accro tout en se posant des millions (oui) de questions. Est-il intéressé? Voudrait-il aller plus loin avec elle? Pourquoi elle, un mardi soir? Jusqu’à la rencontre, l’étrange relation. Qui multipliera les questionnements.

Avec une plume agile, colorée, très orale, Pinsonneault dépeint à merveille les dédales de l’esprit de Jolen. Avec vivacité, la jeune femme de 24 ans suit sa relation naissante avec Joseph avec toute son attention. Elle analyse chaque détail, chaque geste, chaque micro-malaise. Et c’est loin d’être facile. Joseph est le cliché même de l’«homme d’aujourd’hui»: beau, funky, affectueux, indépendant, sensible, insaisissable… Bref, insupportable dans sa perfection.

– Ah OK, on se fait un beau dimanche, dimanche?

Non, Joseph, on se fait pas un beau dimanche, dimanche. Tu me rends complètement dingue avec tes hossetiques de trous de réalité, de pertes de spatiotemporalité, de discours décousus à propos de papillons d’eau douce et de Xavier Dolan. »

Si cette histoire viendra la bouleverser plus d’une fois, Jolen ne le montrera jamais à Joseph. Le décalage entre ses pensées – excédées, parfois même désespérées, et ses paroles – légères, amusantes – est mené avec une belle finesse. Pour elle, pas question de se montrer vulnérable. Le titre Sauf que j’ai rien dit prend alors tout son sens.

– Qui ça on?
– Ma best pis moi.
Fallait que j’essaie un nom.
– Philippa, c’est-tu ça?
– Ouais!! Elle est venue me voir en surprise, j’ai pris congé. 🙂
– Cool!
Je pensais pas mon cool, juste pour que ce soit dit.»

Ce n’est pas une autre histoire de fille qui veut se caser à tout prix. C’est plutôt l’histoire belle, souvent laide, un peu abîmée de deux êtres reliés par un hasard qui n’est pas nécessairement le résultat d’un destin coquin. Ça décrit à la perfection ces relations qui arrivent un peu comme ça, faute de mieux.

Contrairement à Jolen, bien contente de cette incursion dans ma vie par un mardi gris. Lily Pinsonneault est clairement un nouveau talent à suivre avec attention!

Mélissa Pelletier

Sauf que j’ai rien dit, Lily Pinsonneault, Québec Amérique, 2017

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