Crédit photo : Marie-Claude Lapointe

Difficile d’accoter l’actualité quand l’actualité elle-même vole la vedette. Si 2017 nous a fait vivre des émotions intenses, que ce soit les frasques de Donald Trump, Valérie Plante, première femme élue à la tête de Montréal ou les scandales d’inconduite sexuelle, le Cabaret politique et bouffonneries Salut 2017 lui, parvient abruptement (contrairement aux années précédentes), à livrer la marchandise.

Dans une production des Deux colons d’Amérique (Sylvain Fortin et Philippe Lemieux) et une mise en scène de Marie-France Fournier, la revue de l’année « Salut 2017 ! » ne manque pourtant pas de mordant, mais les prestations musicales à outrance tuent un peu les gags. Calquer l’actualité sur des succès pop était pourtant une formule gagnante les années précédentes, surtout avec l’interprétation du comédien Dominic St-Laurent qui signait également les chorégraphies. Bien que le rôle ait été relégué à la talentueuse Lilà Paquette Mourmant pour la conception des numéros dansés, le résultat final manque de peaufinage, ou du moins d’espace. La scène étroite du Café Campus minimise l’ampleur des mouvements chorégraphiques, celle campée sur la chanson thème de Footlose par exemple.

Les acteurs se donnent à fond du début à la fin. Dynamiques et fougueux, on les sent investis d’un désir de faire rire et de divertir. Chapeau, entre autres, à Guillaume Regaudie pour l’incarnation du regretté Sol. Le ton, le roulement de « r » et les mimiques sont identiques à ceux du sympathique clochard. Débutant avec le célèbre vers « Ah comme la neige a neigé ! » d’Émile Nelligan pour illustrer le cafouillage de l’autoroute 13, ce numéro est drôle et poétique à la fois. Ces moments attendrissants sont autant ou sinon plus efficaces que les numéros chantés ou les blagues salaces. Quoique cette année, à l’exception des personnages de Passe-Partout qui nous chantent une comptine pour dénoncer Rozon, Salvail et compagnie… (oui, ça clash et c’est crû), il y a très peu de blagues grinçantes ou inconfortables. Mais la phrase fétiche de la mascotte de Juste pour rire : « Maman, c’est finiiiiiiii ! » Wow, comment clore un numéro avec une gifle en pleine gueule. Bien pensé.

La personnification de Trump s’avère être un autre concept ingénieux. Alexis Gareau est vêtu d’un gigantesque complet sous lequel les comédiens articulent la marionnette. L’image est forte. Un gros pantin vide et insignifiant. Et que dire de son tweet « Je t’aime Melania ». Elle de répondre : « #moiaussi ». L’écriture de Lemieux demeure corrosive et parsemée de très bons flashs.

La deuxième partie remonte la pente avec les imitations désopilantes de Denis Coderre (Pier-Anne Cloutier) et Valérie Plante (Lilà Paquette Mourmant). La mairesse chantant sur « Quand il me prend dans ses bras » d’Édith Piaf et vantant les mérites de sa ligne rose semble tout droit sortie d’une comédie musicale de Disney.

Si la production semble avoir déployé de biens grands efforts pour créer une revue musicale de l’année, la simplicité, la caricature et l’ironie demeurent des armes humoristiques bien plus tordantes. Bref, sans vouloir bouder mon plaisir ou celui des spectateurs, il n’en demeure pas moins que la revue de l’année « Salut 2017 ! » demeure un incontournable et je compte bien être de la foule pour les éditions futures.

Edith Malo

Cabaret politique et bouffonneries Salut 2017, présenté à Montréal les 27 et 28 décembre au Café Campus.
À Mascouche à la Salle L’Alizé à Mascouche les 25, 26 novembre et les 16 et 17 décembre 2017
À Québec au Théâtre Petit Champlain les 29 et 30 décembre

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