Nathalie Cavezzali et Vincent Leclerc Crédit photo : Ambre Sachet

Après le très contenu Le garagiste, la réalisatrice et scénariste Renée Beaulieu change de cap pour se consacrer à la sexualité des femmes avec Les salopes ou le sucre naturel de la peau. À y regarder de plus près lors du tournage de ce second long-métrage, la scénariste du Ring (Anaïs Barbeau-Lavalette) semble tout de même nous rappeler indirectement la présence d’un leitmotiv, celui de l’expérience intime.

Il y a plusieurs intrigues. C’est une professeure d’université qui vit une vie familiale avec sa fille, son fils, son mari. Il y a quelque chose qui arrive à l’université et qui va bouleverser son existence, » explique Renée Beaulieu.

Jouée par nulle autre que celle qu’on a récemment vue massacrer des zombies dans le dernier film de Robin Aubert, c’est-à-dire Brigitte Poupart, Marie-Claire – chercheuse en dermatologie – entame un nouveau projet scientifique sur les cellules dermiques et la sexualité avant qu’un événement ne vienne perturber ses projets.

« Ce personnage dans Les Affamés reste dans le mystère de son histoire. Ce qu’on comprend, c’est qu’elle ne s’est pas épanouie dans sa vie et elle arrive à un moment de fatalité où tout ce qui lui reste c’est de sortir tout ce qu’elle n’a jamais fait dans sa vie », ajoute Brigitte Poupart. «C’est quelque chose qui m’intéresse, et dans ce film-ci, c’est un peu ça qu’on aborde aussi, c’est-à-dire un moment de sa vie où elle se dit « si je n’explore pas maintenant ça n’arrivera jamais ». Dans ce cas-ci, c’est l’exploration sexuelle. C’est tout autour de l’épanouissement de la femme et comment la sexualité est encore taboue dans notre société. »

Pour Renée Beaulieu, l’essentiel est de parler de façon positive de la sexualité au féminin, ce qui selon la réalisatrice est rarement fait par et pour les femmes.

C’est un film avec une connotation féministe, mais peut-être pas dans le sens auquel on s’attend. L’idée était de parler des femmes et de montrer les hommes. Dans les films, on parle souvent des hommes et on montre les femmes. Dans la sexualité et le corps des jeunes femmes, il y a quelque chose d’objectifié, alors ici c’est l’inverse, ce sont les hommes qui sont objectifiés. »

Pour la cinéaste diplômée de l’INIS, le plus gros défi de ce tournage reste donc la quantité de scènes liées à la sexualité, ce qui selon Beaulieu est complètement différent de son premier film où l’on ne retrouve qu’une seule scène de nudité.

Sophie Clément, Louise Portal, Nathalie Cavezzali et Brigitte Poupart Crédit photo : Ambre Sachet

C’est un lien fort qui demeure entre ces deux films, puisqu’on retrouve une grande partie de la distribution du film Le garagiste. Parmi eux, Normand D’amour, Nathalie Cavezzali et Louise Portal. Entre le tournage d’une scène et la pause repas, Renée Beaulieu explique qu’elle avait déjà en tête le scénario de Les salopes ou le sucre naturel de la peau lorsqu’elle écrivait Le garagiste, qu’elle n’hésite pas à qualifier d’expérience folle et formidable. « C’est une reconnaissance à vie pour tous les gens qui ont fait ce film. Je pressentais déjà Nathalie Cavezzali pour le rôle de Mathilde. »

Selon l’actrice dont le rôle dans Le garagiste était celui d’Anna, une femme qui avait quant à elle enterré sa sexualité afin de soutenir son mari [Normand D’amour] dans son attente d’un rein, les deux femmes sont restées très proches depuis cette première collaboration.

Renée [Beaulieu] est très travaillante. Elle sait ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas, mais elle est très ouverte aux propositions. On se sent libre avec des balises, et ça c’est génial », lance Nathalie Cavezzali.

Place aux personnages féminins

Dans une maison en plein cœur du village Monkland, après avoir débuté au mois de septembre, le tournage se poursuit sur fond de bonne humeur, échanges concis et indications claires de la part de la cinéaste. Dans la cuisine, Vincent Leclerc donne la réplique à Nathalie Cavezzali. L’ampleur accordée aux personnages féminins est rapidement pressentie : Mathilde, meilleure amie de Marie-Claire, occupe tout l’espace alors qu’Adam tente de se frayer un passage vers son propre frigo.

Je suis contente que Renée [Beaulieu] m’ait confié le rôle de Mathilde, parce que c’est un personnage très extraverti. Elle boit, elle tourne tout en dérision, alors qu’on me confie souvent plus des personnages comme dans Le garagiste – la mère, l’avocate – les rôles un peu plus sérieux et retenus, » confie Nathalie Cavezzali. « Là je m’éclate, c’est le fun, Mathilde est une femme qui est sur le party! Elle est malheureuse, mais elle ne le laisse jamais vraiment voir, tandis que dans Le garagiste je jouais vraiment l’accompagnante. »

Le vent féministe qui souffle sur le film le fait également sur le plateau, où un bon nombre de l’équipe technique sont des femmes. Dans un contexte actuel où la sexualisation du corps féminin est dénoncée dans tous les milieux, parler de la sexualité des femmes est un acte féministe en soi pour Brigitte Poupart, dont l’engagement féministe notamment en tant que metteure en scène n’est plus à prouver (Table rase, Glengarry Glen Ross). « Si on veut changer ces rapports-là de domination et de soumission il faut pouvoir parler librement de sexualité, et quand on en parle on passe pour des salopes ou pour des nymphomanes. Il faut faire attention à ne pas montrer de la déviance, mais montrer ce que c’est qu’une sexualité épanouie. »

En parlant de salopes… Le titre du film n’arrive quant à lui pas comme un cheveu sur la soupe, comme nous l’explique Renée Beaulieu. « Ça s’est longtemps appelé Les salopes. C’est évidemment un titre sarcastique. C’est un titre embêtant puisque le terme est fort. Quand tu vas voir un film appelé Les salopes, tu vas voir quoi ? Je n’étais pas prête à le laisser tomber. Après ça, je suis allée vers « le sucre naturel de la peau », mais c’était un peu trop poétique, alors mis ensemble je trouve qu’on a les deux. « Les salopes » donne une connotation ironique et « le sucre naturel de la peau » donne sens au film. Ce ne sera jamais juste « Les salopes ». »

Ambre Sachet 

Le tournage de Les salopes ou le sucre naturel de la peau se poursuit jusqu’au 15 décembre, avec une sortie en salles prévue pour 2018.

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