Lire un livre seul.e, c’est bien, mais à plusieurs, c’est mieux! C’est pourquoi on a eu envie de se lancer dans un tout nouveau club de lecture : Sa première fois. Est-ce qu’on se penchera uniquement sur les ouvrages un brin érotiques? Esprits mal tournés, va! Ce sont plutôt les premiers jets des auteur.es québécois.es qui vont nous intéresser ici. Romans, essais, bandes dessinés, poésie, théâtre… Tout ce qui nous allume!

Pour ce premier tour de table, les sympathiques Marie-Andrée Michaud, Edith Paré-Roy, Mélissa Pelletier et Nicolas Roy se sont attardés sur LE hit de l’année, le premier roman de Stéphane Larue, Le plongeur, dont on a d’ailleurs déjà parlé ici et ici. (Que voulez-vous, quand on aime un livre…) Lisez ici le fruit de nos réflexions – entre deux gorgées de rouge – sur cette incursion dans la dépendance au jeu sur fond de l’univers de la restauration. Un indice? On a tous adoré.

Alors Le plongeur, à la hauteur du buzz?

Marie-Andrée : Le roman est à la hauteur du buzz, oui. Cela relève d’un exploit de rendre intéressant un milieu aussi spécifique (voire même technique) que celui qu’est la plonge, en plus de combiner à cela une dépendance aussi peu reluisante que celle des jeux de hasard. Deux sujets en soi peu littéraires, donc. Pourtant, on se laisse emporter comme lecteur et c’est un roman haletant malgré le propos qui peut sembler au départ inintéressant.

Edith : Oh que oui! Je n’en aurais pas dit autant en lisant le prologue. Au début, l’écriture me semblait un peu bancale, moi qui aime d’habitude des styles plus funky, éclatés. Finalement, les scènes où Larue décrit les rushs en cuisine – j’avais littéralement l’impression d’y être, dégoulinante d’eau de vaisselle sale comme le personnage principal – m’ont convaincue qu’un style simple et hyperréaliste peut parfois très bien servir une histoire.

Mélissa : Sérieusement, vraiment! Souvent quand un buzz similaire se produit sur la scène littéraire, j’ai tendance à être assez déçue merci. Et finalement, j’ai dévoré le livre.

Nicolas : Bien sûr. D’autant plus qu’on n’accorde pas le Prix des libraires à des petits butineurs. J’étais prêt à miser toutes mes billes sur Le Poids de la neige de Chrisitan Guay-Poliquin quand j’ai déposé son roman, mais j’ai légèrement corrigé mon tir, sans pour autant changer mon fusil d’épaule, à l’épilogue du Plongeur. Enfin bref, deux excellents romans.

La plume à Larue, vous la trouvez comment?

Marie-Andrée : Ce n’est pas la plume qui m’a séduite pendant la lecture. Par contre, en y réfléchissant, je dirais qu’il maîtrise l’art de raconter à la manière naturaliste, c’est-à-dire que les nombreuses descriptions contribuent à la progression de l’histoire plutôt que d’être lourdes ou inutiles. Son univers, il le fait comprendre au lecteur grâce à son souci du détail qui vient donner une certaine crédibilité à son propos. Pour cela, j’ai eu l’impression à certains moments d’être en plein cœur d’un récit réaliste, mais encore plus d’un récit naturaliste d’autant plus que le personnage principal est un anti-héros prisonnier du milieu dans lequel il évolue.

Edith : Efficace. Je pourrais dire que j’ai mieux compris la dépendance au jeu en lisant Le plongeur que dans un cours de psychologie que j’ai suivi. L’auteur est vraiment doué pour transmettre avec sa plume la folie du jeu, l’adrénaline et la déprime qui s’en suit.

Mélissa : Honnête, sensible. La plume à Larue va droit au but, sans fioritures, dans un style très réaliste. C’est le genre d’auteur qui te prend par la main dès la première page et qui ne te lâche pas durant toute la lecture.

Nicolas : En ouvrant le livre (hahaha!). À l’essentiel, « dénarcissé », au service de l’ensemble, comme la guitare de George Harrison chez les Beatles… Discrète et économe, mais singulièrement efficace.

Avez-vous senti la rapidité d’écriture (environ 6 mois) dans le résultat?

Marie-Andrée : Pas vraiment senti cela. Peut-être plus senti que c’était un premier roman, mais encore là, c’est sans doute parce qu’on a beaucoup insisté sur cet aspect lors de la promotion du roman.

Edith : Honnêtement, non. J’aurais pensé qu’un tel nombre de pages demande beaucoup plus de temps d’écriture. Personnellement, j’écris au compte-gouttes ; ça me prend un temps fou pour écrire quelques poèmes. Donc, j’aurais cru qu’une brique de 575 pages prendrait des années et des années à écrire.

Mélissa : Un brin oui. J’ai parfois senti que le roman aurait pu être retravaillé, relu davantage. Par contre, ça apporte une espèce de fraîcheur bienvenue. Cette urgence d’écriture transmets très bien les multiples urgences de l’œuvre : les rushs de cuisine, mais surtout les irrésistibles envies de jouer.

Nicolas : Oui. Que ce soit vrai ou non. Le roman ne donne jamais l’impression de s’enfarger dans les carnets de recherche de son auteur. Espérons seulement qu’il n’a pas exorcisé le brillant écrivain en lui.

Comment décririez-vous votre expérience de lecture?

Marie-Andrée : Mon expérience a été enivrante. J’ai vécu une sorte de dépendance et ça m’a pris un sevrage de quelques jours pour m’en remettre!

Edith : Intense! J’avais l’impression de ressentir tous les hauts et les bas du personnage. J’ai vécu avec lui frénésie des quarts de travail, les montées d’adrénaline dans les shows de métal, le vertige et la déprime devant les machines de loterie. Bref, ce n’était pas de tout repos!

Mélissa : Frénétique. J’avais besoin de savoir la suite, tout de suite. Ça faisait vraiment longtemps que je n’avais pas été aussi prise, immergée, par une lecture.

Nicolas : « Perplexante ». Au premier abord, pourquoi est-ce que je tiens à savoir comment va finir son shift de plonge? Au fil de la lecture, pourquoi ai-je l’impression d’avoir moi-même travaillé dans un resto et d’avoir côtoyé ces gens?

Avec Le Plongeur, Stéphane Larue nous offre une version revisitée de son propre passé. D’après vous, comment risque-t-il de continuer sa carrière littéraire?

Marie-Andrée : On sent bien qu’on a affaire à un récit proche de l’autofiction. Il y a matière à aller puiser encore dans son propre passé pour un prochain récit. Par ailleurs, les personnages qu’ils côtoient sont extrêmement colorés et riches. Je vois aussi une possibilité d’exploiter des récits autour de certains d’entre eux.

Edith : Larue est si bien arrivé à décrire de façon hyperréaliste et vivante l’univers des restaurants et des casinos qu’il va sûrement parvenir à en faire autant avec d’autres univers. Après tout, il ne connaît pas que ces milieux. J’imagine donc qu’il va continuer à parler d’autres expériences qu’il a vécues. Chose certaine, je vais me garrocher sur le deuxième roman de Larue dès sa sortie parce que j’ai bien hâte de voir ce qu’il va pouvoir inventer!

Mélissa : Je me le demande beaucoup. Sera-t-il seulement excellent à écrire son passé? Fera-t-il une suite de ses aventures? Mine de rien, il y a un hiatus à remplir.Peut-être aussi ira-t-il dans une toute autre direction. Disons que je vais suivre ça avec beaucoup d’attention!

Nicolas : Il sait comment suspendre le lecteur au bout de sa plume. C’est rare. Reste à savoir s’il lui reste des histoires. Reste à savoir s’il va choisir la noble voie de la pauvreté absolue. Reste à savoir ce qu’il ne sait peut-être pas encore lui-même.

Est-ce qu’on assiste à l’éclosion d’un grand auteur québécois d’après vous?

Marie-Andrée : Oui, je crois qu’il pourrait être un grand auteur. Ce roman le prouve fort bien. Il sait raconter, c’est sûr. Je lirai assurément son prochain roman.

Edith : Oui, mais je ne serais tout de même pas prête à miser là-dessus – sans mauvais jeu de mots sur le jeu compulsif! (NDLR : Poudoumchi!)

Mélissa : À un talent certain, oui. Pour affirmer qu’on a affaire à un grand auteur québécois, j’aurais besoin de m’en mettre plus sous la dent. C’est clair par contre : beaucoup de lecteurs seront au rendez-vous pour son prochain!

Nicolas : Minute. Un roman ne fait pas le printemps. Mettons que je ne voudrais pas me mesurer aux attentes qui l’attendent…

Envie de vous jeter sur une machine à sous après lecture?

Marie-Andrée : Non!

Edith : Pas du tout! Sans être moralisateur, Le plongeur montre bien comment le jeu compulsif détruit tout : « Your life burns faster. J’ai réfléchi à ce que moi je faisais brûler à coup de vingt piasses. Ce n’est pas ma vie que je faisais brûler ; ce n’est pas mon corps qui subissait les ravages de mes conneries. Ce qui brûlait, c’est tout ce que je touchais. Argent, chums, amies, projets. Tout finirait par disparaître, je le savais. » Il faudrait donc être complètement maso pour se rendre au casino après avoir lu ce roman! Au contraire, je vais fuir les machines à sous comme la peste.

Mélissa : Tellement pas! Larue décrit tellement bien la spirale de la dépendance: si on a un tant soit peu une personnalité qui va de ce côté, c’est facile de se retrouver dans ses pulsions, ses envies incontrôlables pour gérer son vide intérieur. Ça fait peur!

Nicolas : C’est quoi encore son jeu favori? Les cloches en folie? NON MERCI!!

Soyez à l’affût de notre prochaine découverte!

– Propos recueillis par Mélissa Pelletier

Le plongeur, Stéphane Larue, Éditions Le Quartanier, 2016.

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