Lire un livre seul.e, c’est bien, mais à plusieurs, c’est mieux! C’est pourquoi on a eu envie de se lancer dans un tout nouveau club de lecture : Sa première fois. L’idée? Se pencher sur les premiers jets des auteur.es québécois.es. Romans, essais, bandes dessinés, poésie, théâtre… Tout ce qui nous allume!

Après un accord total sur l’excellence du premier roman de Stéphane Larue, Le plongeur, Marie-Andrée Michaud, Edith Paré-Roy, Mélissa Pelletier et Nicolas Roy se sont penchés sur le premier effort de Stéphanie Filion, Grand fauchage intérieur. L’auteure y raconte l’histoire de Jeanne, une photographe qui part au Liban pour finir un projet sur les cimetières. Elle y rencontre Julien, un expert en judo qui lui fera tourner la tête… et peut-être oublier la triste raison qui la mène à fuir sa propre vie. Après quelques recueils de poésie ( L’Orient, Louisiana en 2013 et Nous les vivants en 2015), l’auteure allait-elle réussir son passage à la fiction? Les paris sont ouverts.

Grand fauchage intérieur, réussite ou flop?

Marie-Andrée : Je dirais entre les deux. Je comprends qu’il s’agit d’un premier roman et je salue l’effort. Par contre, l’histoire m’a semblé sans intérêt. Je n’ai pas été touchée ni par le deuil du personnage, ni par son histoire d’amour inattendue, encore moins par sa mue surprenante. Malgré tout, je suis passée au travers sans trop de difficulté en gardant espoir de m’accrocher à quelque chose, mais ce n’est malheureusement jamais arrivé.

Edith : L’histoire et le titre me semblaient prometteurs… dans la description envoyée par la maison d’édition. Mais pour être honnête, mon intérêt pour le personnage principal – que j’ai trouvé désincarné – et son histoire d’amour – kitsch et peu crédible – m’ont fait décrocher assez rapidement du roman.Si certains passages poétiques ont réussi à attirer mon attention, les dialogues m’ont ennuyée au point où j’ai continué le livre par obligation et non par plaisir. Les dialogues, en particulier ceux entre la narratrice (Jeanne) et son amant (Julien), sonnent faux. Les passages où ce dernier explique les principes du judo m’apparaissent comme les plus faibles de l’œuvre; on dirait par moments un copier-coller d’une page Wikipédia tellement c’est une description informative et froide.

Mélissa : Sincèrement, j’aurais tendance à dire flop. Je n’ai pas l’impression que l’auteure a réussi à bien rendre l’univers, ni le parcours de la protagoniste, de la manière qu’elle avait en tête. La description du livre était pourtant attirante… Mystère et boule de gomme.

Nicolas : Flop, le mot est fort. Réussite aussi. On est plus dans le « correct, mais sans plus », « digeste, mais sans saveur », « pas désagréable, mais loin d’être indispensable ».

La plume à Filion, vous la trouvez comment?

Marie-Andrée : Avec du potentiel, mais je n’ai pas été jetée par terre par son style. J’aurais aimé que la beauté et la fluidité de l’écriture me fassent oublier la faiblesse de l’histoire. Mais ce ne fut pas le cas.

Edith : Conventionnelle et assez cliché. Plusieurs lieux communs m’ont déplu, par exemple « Le temps avance plus lentement sans toi », « Je prends des photos pour que la trace s’imprime quelque part », « Nous n’avons pas besoin de rejouer nos blessures à l’infini », etc.  Pour y aller avec un point positif au moins, je dirais que le rythme était bon.

Mélissa : Lourde, aseptisée, prévisible.

Nicolas : Neutre. Ni habile ni maladroite. Si c’était un plat, on chercherait le sel, le poivre et le rack à épices.

Avez-vous senti le passage de la poésie au roman?

Marie-Andrée : Pas vraiment, mais je devrais sans doute aller jeter un coup d’oeil à sa poésie pour voir s’il y a des liens à faire ou non… Pas vraiment, mais je devrais sans doute aller jeter un coup d’oeil à sa poésie pour voir s’il y a des liens à faire ou non…

Edith : L’auteure a intégré des passages en prose poétique dans son roman. Même si, personnellement, ce n’est pas le genre de poésie qui me plaît, il me semble que ce sont ces passages qui sont les plus réussis dans Grand fauchage intérieur. Autrement dit, Filion est plus douée pour l’écriture poétique que romanesque.

Mélissa : Pas nécessairement, non. J’ai senti une volonté d’intégrer une certaine poésie au roman, sans bien y arriver. Malheureusement, ça ne servait pas le roman, ni le propos.

Nicolas : Elle est poète ? Fallait le savoir.

– Comment décririez-vous votre expérience de lecture?

Marie-Andrée : Ordinaire. Je n’ai pas été transcendée, mais je suis passée au travers. J’ai eu l’impression de lire un roman correct, mais sans plus. Une fois déposé, je n’y ai plus repensé. C’est dommage qu’une histoire me fasse si peu d’effet.

Edith : Entre l’ennui et l’exaspération. Comme je l’ai expliqué, la narration, les dialogues et l’histoire me semblaient sans intérêt. Mais, plus grave encore, le roman m’a paru contestable d’un point de vue éthique à quelques moments. Je n’ai pas aimé qu’une femme occidentale débarque au Liban pendant seulement neuf jours et se permette de grandes généralités sur la société libanaise comme si elle la connaissait réellement.

Edward Said, le théoricien ayant dénoncé le « colonialisme » littéraire, aurait sans doute trouvé problématiques les stéréotypes véhiculés par le roman. Par exemple, il est mentionné à quelques reprises que les femmes libanaises sont « plus fortes » que les autres femmes puisqu’elles ont connu la guerre et plusieurs deuils. Même s’il s’agit d’un stéréotype positif, ça reste une généralisation. Et cette représentation fantasmée du Liban ne m’apparaît ni juste ni intéressante.

Mélissa : Plusieurs personnes m’avaient indiqué qu’elles avaient eu envie « de pitcher le livre au bout de leurs bras » au cours de la lecture. J’avais donc un peu peur en ouvrant le roman de Filion : est-ce que j’allais détester? Adorer? Ni un ni l’autre. Je n’ai pas lancé le livre au bout de mes bras, mais j’ai roulé les yeux à plusieurs reprises.

Nicolas : De plus en plus frustrante et chronophage. Si ce n’avait été de cette chronique, j’aurais déposé l’œuvre avant sa conclusion.

Comment vous situez-vous par rapport aux critiques très élogieuses?

Marie-Andrée : Peut-être faut-il connaître sa poésie pour apprécier son roman ? Je ne sais pas… Ce n’est pas mon métier de critiquer des romans. Si j’avais eu à le faire pour celui-ci, je ne crois pas qu’il aurait récolté plusieurs étoiles.

Edith : J’ai été surprise de lire les critiques positives du Devoir et de La Presse. Je les comprends plus ou moins, si ce n’est qu’en me disant que ces médias grand public aiment en général les romans plutôt conventionnels.

Mélissa : Je ne comprends sincèrement pas.

Nicolas : Abasourdi, désolé et agacé.

Filion, nouveau talent à suivre?

Marie-Andrée : J’accepterais de donner la chance au coureur!

Edith : Je dirais que non, ou pas pour le moment, du moins. Comme l’auteure a tout de même du potentiel en poésie, peut-être qu’il serait intéressant de lire sa prochaine œuvre poétique.

Mélissa : Je ne pense malheureusement pas. C’est un premier essai qui se respecte, mais qui manquait vraiment de profondeur. On aurait aimé découvrir des personnages moins unidimensionnels, des fils narratifs plus solides. On trouve plutôt la déception dans Grand fauchage intérieur.

Nicolas : Pas selon ou pour moi, désolé.

On espère un deuxième roman ou pas?

Marie-Andrée : Pourquoi pas! Je serais quand même curieuse de lire autre chose d’elle. 

Edith : Réponse brutale : non. J’aimerais y aller plus en douceur ou en nuance, mais ce serait malhonnête de ma part.

Mélissa : Pas de mon côté, mais je pense qu’il y a toujours place à l’amélioration. Et je serai à l’affût de son prochain recueil de poésie avec plaisir.

Nicolas : On ne souhaite à aucune auteure une mise au rancart de sa vocation. Néanmoins, ce lecteur-ci ne trépigne pas d’impatience. Je passe mon tour pour la suite.

– Propos recueillis par Mélissa Pelletier

Grand fauchage intérieur de Stéphanie Filion, Éditions du Boréal, 2017.

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