Crédit photo : Hugo B Lefort

La carte à l’entrée du Livart présente le spectacle à venir de façon alléchante : un jeune nageur en speedo rouge flotte au-dessus d’une piscine, enserré par un gros serpent jaune. À l’endos, l’inscription « Une pièce coup de poing sur le dopage sportif ». Mais il s’agit de bien plus que cela.

Le Mimésis

La compagnie théâtrale le Mimésis apporte à Montréal la traduction d’un texte de Lucas Hnath (Death Tax, Isaac’s Eye) et la mise en scène de Louis-Philippe Tremblay. Dans la grande salle au sous-sol du Livart se cache la piscine, lieu de tous les affrontements du jeune nageur compétitif Ray (Marc-André Thibault). Les premières répliques entre le coach (Guillaume Regaudie) et Peter, le frère et avocat de Ray (Louis Labarre), presque inintelligibles, se déroulent derrière un mur transparent. Par chance, lorsque les comédiens quittent l’envers du plexiglass (espace scénique très peu exploité par la suite), on entend mieux le dialogue.

Tout au long de la pièce, il est question d’échanges entre la vedette sportive qui prend des drogues pour améliorer ses performances et son avocat de frère plutôt profiteur, de son coach qui tente de lui faire croire tout ce que lui croit aveuglément et d’une ex-copine un peu désabusée (Catherine Paquin-Béchard) qui semble pourtant la plus raisonnable et vertueuse du quatuor. On souligne d’ailleurs le jeu de l’actrice qui a su remonter ses partenaires lors de son passage sur scène.

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Lucas Hnath et sa lucidité

Le texte est le principal intérêt de la pièce. Toujours dans l’ambiguïté des personnages, de leur paraître et de leurs réels désirs, on aborde certains thèmes cruciaux dans le monde du sport, mais on devine vite qu’ils dépassent le champ de la piscine. Intégrité, notoriété, pouvoir et achat, carrière… La pièce pose des questions comme « jusqu’où aller », « quelles sont les limites ». La partie la plus frappante, c’est lorsque Peter parle des enfants pauvres à son frère. Il lui demande de le laisser gérer sa carrière pour qu’ils puissent tous deux faire de l’argent, que lui-même a besoin d’argent pour sa fille de deux ans. Celle-ci, lorsqu’elle ira à l’école, devra aller au privé. Car les enfants pauvres sont et seront toujours défavorisés. L’algorithme de l’avocat cache un sous-texte sur le clivage entre les « riches » et les « pauvres », ainsi qu’une critique du concept de privilège.

Autre coup de poing littéraire, Lydia, l’ex de Ray, fait un court monologue sur la beauté et l’image. On le sait, les laids ne pogneront jamais. Mais heureusement, ils sont tous deux beaux. Avec un humour parfois caustique, on attire l’attention sur les sujets les plus éludés de la société actuelle.

Une salle intéressante

D’un point de vue technique et scénographique, la salle du sous-sol propose une ambiance intime et retirée de ce monde de surface. Dans l’obscurité, on insiste sur les lumières bleues pour bien identifier la piscine dans une scénographie assez simple. La scène finale de combat entre les deux frères offre une musique agressante et un éclairage alternant entre bleu et rouge, qui vient enfin profiter des capacités de la conception des lumières.

L’équipe entière du Mimésis permet au spectateur de réfléchir à son statut de citoyen par son choix de pièces cruciales. Rouge Speedo : une pièce pertinente qui remet en perspective.

Victor Bégin

Rouge Speedo, une pièce de Lucas Hnath, traduction de Jean-Simon Traversy, Le Mimésis, au Livart du 13 au 24 mars 2018 à 20h.

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