Un jour, alors que Rosa rentrait chez elle, un chauffeur d’autobus lui a demandé de se lever pour qu’une personne blanche puisse prendre sa place. »

Dans l’album jeunesse Rosa Parks, de petite à grande, la petite Rosa, célèbre pour avoir dit « non », porte une jolie robe rouge et des lunettes rondes, doit marcher des kilomètres pour se rendre à sa «minuscule école », mais brandit fièrement des slogans revendicateurs, garde le moral même derrière les barreaux de prisons, et marche fièrement à la tête de manifestations. Parce que la mise en récit et en illustration de la vie de Rosa Parks fait par Lisbeth Kaiser et Marta Antelo est si brillamment construite, il n’est pas trop tôt pour parler de ségrégation raciale avec son enfant.

Les éditions La courte échelle a acquis les droits de la collection « de petite à grande » qui rend hommage aux femmes ayant marqué l’Histoire par leur courage et leur détermination. Rosa Parks est le troisième titre de la collection après Marie Curie et Amelia Earhart, intrépide pilote d’avion. Dès les premières pages, le récit prend l’enfant par la main en racontant la vie de ces personnalités dès l’enfance. Ils sont donc en terrain connu et l’identification à la belle petite Rosa « qui s’efforçait toujours de faire ce qui était juste » va de soi (et ça change des pantoufles de verre et cie!).

La mise en récit est bien faite : l’écriture est simple et ne tourne pas dans la métaphore. Pas besoin de fioritures en effet pour raconter aux enfants une histoire déjà difficile à saisir et qui, sans doute, ne viendra pas sans son lot de questions. Le récit n’omet pas son implication sociale pour l’avancement des droits des personnes de couleur noire, ni les règles ségrégationnistes absurdes, ni les risques associés à la lutte. Aussi, les illustrations réalistes aux couleurs harmonieuses mais sobres, appuient le texte plutôt que de s’ajouter comme complément à l’histoire : deux fois plus clair, donc.

Au-delà du geste historique 

Ce livre jeunesse démystifie des versions standardisées de la vie de Rosa Parks, qui souvent, omettaient son implication sociale pour faire profiter davantage l’aspect individualiste et spontané du geste. En vérité, elle fut très impliquée dans la lutte pour les droits des Noirs notamment au sein de la Montgomery NAACP auprès de son mari Raymond Parks, et ce bien avant le 1 décembre 1955, moment où elle refuse de céder son siège. Au delà de la spontanéité du geste, elle fut une véritable leader dans sa communauté, et à cet égard, ce livre a le mérite de mettre de l’avant cet engagement et son implication au sein d’une branche importante d’activisme (à ce sujet, je suggère la lecture de l’article de Michael Schudson, « Telling stories about Rosa Parks », Magazine Contexts, 2012). Les prochains titres de cette collection seront certainement à surveiller.

Léa Rouleau

Rosa Parks, de petite à grande, Lisbeth Kaiser, La courte échelle, mai 2018.

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