Michael Martini et Callan Ponsford, Beep Test, RIPA 2017. Crédit photo: Marianne Stratis

Samedi soir, l’Eastern Bloc et son décor industriel accueillaient tout un programme. En dehors des locaux de l’UQAM pour la première fois, cette sixième édition de la Rencontre interuniversitaire de performance actuelle (RIPA) occupait en simultané les trois salles de la galerie avec une programmation protéiforme. La discussion se poursuivait dimanche après-midi à l’Université Concordia sous un format table ronde. Sous les projecteurs, des artistes de partout : Gabriel Beck (Concordia), Francisco Gonzalez-Rosas (Concordia), Alexandria Inkster (University of Calgary), Alexis Langevin-Tétrault (UdeM), Manoushka Larouche (UQAM), Mai Bach-Ngoc Nguyen (ULaval), et bien d’autres.

L’atmosphère de samedi soir était décontractée : plusieurs numéros, de courte ou longue durée, se déroulaient simultanément pendant que le public déambulait. À mon arrivée, je suis tombé sur deux joueurs de volley-ball (Michael Martin et Callan Ponsford) complètement exténués par le beep test qui ouvrait leur performance. La salle était bondée de curieux qui observaient leurs improvisations athlétiques sur fond de PowerPoint lo-fi.

Des cris enjoués m’ont ensuite attiré dans une pièce miniature où se tramait une performance longue durée à l’intersection du théâtre, de la danse et de l’art-performance (Isabella Leone, Lucy Earle et Leyla Sutherland). Ici aussi, le déroulement temporel était guidé par un projecteur (rétro celui-ci), qui imposait périodiquement aux artistes une série d’accessoires à utiliser pour chaque segment (plante, chaise, enregistrement de violon, lumière, etc). Le numéro était candide, vivant et profond («do you miss her?») et il ne s’arrête… plus ou moins jamais.

K.G. Guttman, artiste, éducatrice et marraine de l’événement, expliquait d’ailleurs le concept de la soirée dans une entrevue avec Artichaut Mag : « Pour cette édition de la RIPA, le comité a réfléchi longuement sur la durée et le parcours du public, de manière à rendre l’expérience unique. Contrairement aux éditions précédentes, il ne s’agit pas d’un enchaînement régulier de performances les unes à la suite des autres, mais bien d’une réelle interaction ».

L’événement encourage plutôt une rencontre entre les numéros, une contamination mutuelle des intentions artistiques, une renégociation perpétuelle de l’espace et de l’attention du public.  Le comité d’organisation se renouvelle à chaque année dans un souci d’actualité, toujours sur un fil de fer entre pratique et recherche.

Un peu plus tard, Francisco Gonzalez-Rosas, soutenu par Evan Magoni, troublera les esprits avec une critique puissante de la marchandisation du dating pour voix, iPhone, vidéo en temps réel et musique vaporwave. On sentait toute l’agitation sociale qui fait suite à l’élection américaine : la vidéo glitche en laissant entrevoir les termes « white supremacist », « queerness » et le récurrent « love is a thing of the past ».

Déjà, 2017 s’annonce chargée dans le monde de l’art sur le plan social, identitaire et politique. Les « relations de pouvoir », médiatisées ou non, faisaient d’ailleurs partie des thèmes explicites de la soirée, à côté de celui des « identité(s) sociale(s) et sexuelle(s) ». Détente instantanée contrôlée (François Rioux) a ensuite installé une réflexion cocasse sur l’oxygène grâce à une conversation téléphonique en bande sonore, avant que Baignade (Mai Bach-Ngoc Nguyen) ne mélange papier déchiqueté, farine et Doritos dans un numéro périlleux.

La soirée s’est terminée avec Interférences (String Network) d’Alexis Langevin-Tétrault, qui a mis en vibration tout le bloc à l’aide d’un gigantesque instrument à cordes numérique, augmenté de lumières stroboscopiques. Dans une solide démonstration de musique acousmatique en temps réel, Alexis a tendu et relâché des cordes élastiques qui incarnaient des sons de synthèse dans l’espace.

Très physique, d’ailleurs, cette édition de la RIPA. Merci à l’équipe de bénévoles : la rencontre a rempli son mandat d’échange et de promotion des pratiques émergentes du réseau universitaire québécois. Le comité propose d’ailleurs au public un appel de textes relié à la soirée de samedi pour s’attaquer à la problématique de la simultanéité en performance, et de ce que l’on peut en tirer. Les soumissions seront acceptées jusqu’au 14 mai.

Nathan Giroux

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